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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 13:50

Hello tout un chacun ! La délicieuse Titiou de Girls and Geeks vient de poster un article qui fait au chaud au cœur, et qui du coup m’a immédiatement donné envie de renouer avec mon petit blog qui sommeille doucement. En gros, elle dit qu’il vaut mieux faire ce dont on a envie quand on en a envie, au lieu de repousser à plus tard, à plus loin, à quand on aura plus de sous, à quand on n’aura plus d’emprunt, à quand on aura un mec. Parce qu’après, c’est plus le bon moment, on a changé, nos envies aussi. Et parfois, il n’y a jamais de « bon moment », il faut simplement se lancer et aviser ensuite. Elle dit qu’elle est heureuse comme ça, deux gamins, un mec, bossant en freelance de chez elle à Montreuil. Que si c’était à refaire, elle referait tout pareil, même si elle dit que c’est pas facile tous les jours.

C’est marrant parce que hier soir, j’étais chez des amis pour manger des pizzas Domino’s en glandant devant la télé. On était un joyeux mélange de célibataires et en couple pré-trentenaires sans enfants et non mariés, et personne n’avait vraiment l’air pressé que ça change. Bon, forcément, quand on est célibataire on ne dirait généralement pas non au fait de rencontrer quelqu’un. Mais pas pour avoir la bague au doigt ni pour procréer. On discutait d’une pote d’école qui attend son premier enfant dans un contexte un peu flou d’entreprenariat et on se disait Est-ce qu’elle mesure vraiment les changements dans sa vie ? Elle va payer l’addition, tout va lui tomber dessus au même moment. Elle ne va pas arriver à gérer, ça va être horrible.

Oui mais quoi sinon ? C’est quoi la solution ? C’est faire des enfants ou des projets ou des voyages seulement quand on a la stabilité financière qui va bien, qu’on a acheté l’appart et surtout qu’on l’a remboursé, et que ça fait cinq ans au moins qu’on est dans la même boîte. C’est un peu triste, quand même. Ce sont encore des freins qu’on se met, qu’on nous met. Pourquoi on se pose autant de questions. Pourquoi tout est toujours aussi compliqué pour nous. Nous, au sens large, les gens de mon âge, ma génération, avec toutes les disparités de situations que cela implique bien sûr. Une amie concluait par J’ai déjà du mal à ne pas stresser pour la thune alors qu’on est que deux – comment je pourrai penser à faire un enfant ? C’est pas faux.

Je ne sais pas trop où je vais en vous racontant tout ça, comme d’habitude me direz-vous. Ca m’a juste fait bizarre de réaliser que je ne suis pas du tout prête à avoir un ou des enfant(s). Et pourtant je m’approche graduellement des trente ans, âge moyen du premier enfant en France. Ca ne m’empêche pas d’être absolument ravie pour ceux (encore rares) dans mon entourage qui s’y mettent. Je serai gaga de leur progéniture et je la couvrirai de Duplo à la moindre occasion. Mais dans ma vie, j’ai l’impression qu’il n’y a pas encore de place pour un enfant. Peut-être qu’il n’y en aura jamais. Parfois, j’ai des bouffées d’angoisse inexpliquées, en lisant un article sur les changements climatiques ou sur la montée du racisme en France. Je me rends bien compte que c’est idiot et qu’il faudrait n’envisager les enfants que sous l’ordre du pratique (des petits êtres dont il faut s’occuper) et du microcosme familial (des gens qui vont s’occuper de moi quand je serai vieux). Mais pour moi, l’enfant est le symbole de l’espoir, de la confiance en l’avenir. On ne peut pas dire que j’en déborde aujourd’hui.

C’est en partie pour ça que c’est un soulagement d’avoir pris une décision concernant la boutique. Ça me permet de retrouver le salariat et sa sécurité (certes toute relative). Ça me permet de rembourser mon emprunt tranquille et de glander le samedi (dans le cadre d’un emploi de bureau). Bref, ça m’enlève un poids. Je vais aussi avoir plus de temps pour les autres, pour les gens de ma vie, tous ces amis que je ne vois presque plus ou que je n’appelle pas parce que je cours partout, mais qui ne quittent pas mes pensées, qu’ils le croient ou non. Je crois que je suis bizarre à ce sujet. Dans ma tête, c’est comme un document Excel avec un tableau de suivi de la vie de mes amis. Le nom, la situation de vie résumée, et le statut : en recherche d’emploi / crise sentimentale / solitude passagère / possible déménagement bientôt. Ça reste en veille dans un coin de ma tête et du coup j’y pense à des moments pas du tout opportuns, genre je fais mes courses au Franprix et je pense à l’humeur du moment de mon marin brestois, au nouveau cadre de vie de mon amie suisse, au dernier film que mon ancienne co-stagiaire cinéphile a vu, ou à ce que mange ce soir ma pote turinoise. C’est idiot, ça ne peut pas se traduire en mots, je ne peux pas envoyer de textos qui dit « Ca va ? Tu manges quoi ? Ca va mieux avec ton chef ? » à 18h50 en disparaissant à nouveau juste après. C’est pourtant à ça que ça ressemble dans ma tête.

J’ai passé mon premier entretien pour un boulot mardi dernier, c’était chouette, c’était mon premier contact avec le monde de la grande entreprise depuis ma démission en janvier 2013. Il y avait une fontaine à eau et des gens en costume dans les couloirs. La RH a été fort sympathique et encourageante, bien qu’elle ait soulevé le fait que mon CV « parte un peu dans tous les sens ». Je n’ai pourtant que 28 ans et deux expériences professionnelles différentes à mon actif. Mais apparemment, elle n’a pas l’habitude des CV « où il y autant de choses ». Sans que ce soit nécessairement ce qu’elle recherche. Bref. Elle m’a dit qu’en gros elle voulait être sûre que maintenant je sois dans l’état d’esprit de « me poser, de vraiment construire ma carrière, de penser au coup d’après au lieu de fonctionner à l’instinct ». C’est vrai que c’est super instinctif de monter sa boîte pendant un an avant de démissionner d’un CDI. M’enfin. Au moins je sais comment orienter mon discours en entretien.

Sinon, pas grand-chose d’autre à signaler. J’écoute présentement la playlist Youtube Trace Urbaine 2015 choisie par mon apprentie comme fond sonore à la boutique. Soi disant j’écoute que des trucs de vieux. Tout ça parce qu’il y avait Nelly Furtado sur ma playlist à moi… Oui je sais, je devrais faire des playlists Deezer plutôt, suivez mon regard. J’en profite pour adresser mes félicitations à tous les futurs mariés de mon entourage, je me réjouis de venir danser la joie le jour J avec vous quand je le peux et sinon je pense bien à vous en ces temps brumeux d’organisation et de choix du traiteur. Et je vous dis à bientôt les amis. Et ne me spoilez pas sur Mad Max !

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 22:43

Il est dimanche soir et le dimanche soir, c’est MacDo. Ou traiteur chinois, c’est selon, mais ce soir il était fermé. J’ai déménagé cette semaine, alors je n’ai pas encore pris mes marques dans les rues avoisinantes. D’aucuns souligneront le fait que je n’ai déménagé que d’une rue vers l’ouest, mais tout de même. Pas le même Franprix, pas le même arrêt de bus, 5 minutes de marche de plus le matin, et mon monde est chamboulé. Je réalise à quel point on vit vite dans une bulle, dans des habitudes solidement ancrées, que ça fait du bien de bousculer de temps en temps, même si ce n’est pas de mon fait. J’ai fait le ménage dans mon ancien appart ce matin, et ça m’a permis de réaliser avec joie que le nouveau est bien mieux. Il y a une fenêtre dans la salle de bains pour aérer, des WC séparés et deux vraies pièces. Le luxe.

J’ai reçu mes meubles Ikea samedi matin. Je lui ai tous montés, à l’exception du canapé Lüngvik (de mémoire) et de l’étagère pour le coin cuisine. Je suis super fière de ma table qui se déplie, sur laquelle j’écris en ce moment même. J’étais persuadée que j’allais merder quelque part et qu’en fait j’allais m’apercevoir à la fin qu’elle ne se dépliait pas ou alors pas comme il faut, mais en fait je suis un génie d’Ikea et tout fonctionne parfaitement. On va oublier l’étagère Billy qui est toute tordue près de mon lit.

Toujours des eaux troubles, dans la bonne vieille lignée chelou de 2015. Fermeture imminente de la boutique – enfin, fin juillet. Ca se rapproche. La gestion du quotidien continue, avec en plus la liquidation dont il faut s’occuper, mais aussi la recherche de boulot pour la rentrée qui commence. Je suis sur Cadremploi là, dans mes autres onglets. J’ai paramétré la recherche la plus large possible, histoire de voir. Je navigue à vue. J’aime bien jeter un œil aux offres dans les moments comme celui-ci, où je suis physiquement fatiguée et sur le point d’aller dormir. Ca enlève les faux filtres de l’optimisme, tu sais les petites voix qui te disent Un poste de chef de rayon en hyper au fin fond du 94 où tu bosses six jours par semaine ? Mais on sait jamais, ça peut être top ! Ca peut être top, chacun voit midi à sa porte. Mais en fait, moi, ça me dit pas trop. Je sais pas ce qui me dit, en fait, c’est un peu mon problème. Je me sens ramenée à l’après école de commerce, quand je commençais à chercher du boulot et que c’était le champ des possibles. Les offres défilent et comme aucune ne demande une expérience en entreprenariat, c’est comme si mon profil correspondait à toutes. Mais je ne pense pas que ça marche comme ça. Alors je postule à tout et n’importe quoi, en attendant de voir déjà qui me rappelle. Il sera toujours temps de réfléchir aux vrais critères plus tard. Et puis, il faudra bien travailler, alors pas trop le temps de tergiverser. Je lis entre les lignes de ces offres prometteuses, j’entrevois à nouveau les open spaces et les tableaux Excel. Je sais que la plupart de mes amis ne les ont jamais quitté et ne s’en portent pas plus mal. C’est un sentiment étrange. A l’époque où il y avait encore le pompier queutard star de ce blog à son insu dans ma rue, il me tenait des discours du style Une fois que tu as été ton propre patron, impossible de revenir en arrière. Je lui riais au nez, en lui répétant que je n’ai aucun problème avec la hiérarchie ou le salariat. Et c’est toujours vrai. Mais il y a quelque chose qui va me manquer.

Comme tous les êtres humains, je suis pleine de contradictions. Je vais regretter ce qui me pèse aujourd’hui, je vais vouloir garder ce qui est dur à gérer au quotidien. La liberté totale, dans le sens où j’ai plus de contraintes que dans un travail de bureau, mais c’est moi-même qui me les impose. L’autonomie totale. Le sens des responsabilités à 100% - personne pour partager le blâme, ni à qui exposer tes doutes. Les décisions sans en passer par douze personnes en copie du mail. Les journées qui passent sans trop se ressembler grâce à mes différents interlocuteurs – qui sont aussi malheureusement des clients. Je dis malheureusement parce qu’il y a les clients sympa et les clients moins sympa, mais ça fait partie du métier. Le conseil aux gens, c’est chouette, gérer les relous, ça l’est moins. Bref. Je fais un petit bilan en me disant que ça peut m’orienter pour la suite. Mais en fait j’en sais rien.

Une partie de moi a envie de se dénicher un boulot pépère où je ne ferai pas grand-chose de mes journées, à produire gentiment de l’Excel et à réfléchir à mon programme du week-end. Une autre partie de moi sait qu’elle va se faire chier à mourir, comme pendant mon premier boulot. Et cette même partie a même peur de retrouver cet état d’esprit, parce que ça allait au-delà de l’ennui. Je crois que c’était presque un petit breakdown, quand j’y réfléchis. Rien que le fait de revoir la moquette bleu marine dans ma tête et de refaire mentalement le chemin entre le métro et le boulot, j’ai la nausée. Il faut que je me mette dans le crâne que chaque travail de bureau est différent. Que ce que j’ai vécu une fois, je ne le revivrai pas forcément. Déjà parce que moi-même, je suis différente.

Je suis résignée. Ca peut paraître inquiétant ou triste, parfois c’est aussi l’impression que ça me donne. Cela dit, je crois bizarrement que ça augure le meilleur pour la suite. Nombre Premier businesswoman, c’est fini. Ca a été, ça a échoué, en tous cas ça s’est arrêté. Une nouvelle page va se tourner. Je n’attends pas grand-chose de mon prochain boulot, en termes d’intérêt ou de passion. Mais cette fois, je sais à quoi m’en tenir. Je sais que l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs. Je sais que je n’aurais pas à me soucier de payer le loyer de la boutique tous les mois, de passer mes samedis à bosser ou à calculer précisément mes quinze jours de vacances annuels. Cette fois, on se la refait, mais sans regret, sans rêver d’être ailleurs, sans penser à une autre vie. Je vais retrouver la vie de bureau avec une certaine forme de soulagement – ce qui n’empêche pas l’immense regret ni la tristesse, bien sûr.

Et si je ne concentre plus mon énergie sur le développement de mon affaire, il va falloir que mon énergie se canalise ailleurs. Et c’est là que ça devient intéressant. Parce que j’ai encore des milliers de projets plein la tête, notamment d’écriture, artistiques, perso. Bref. Ca se trouve, les premiers mois, mon principal projet sera de glander sur mon nouveau canapé Ikea en matant Cauchemar en cuisine sur ma nouvelle TV reliée à la fibre. Ou alors prendre un bain dans ma super baignoire (eh ouais, pour la première fois de ma vie, j’ai une baignoire). Ou alors utiliser enfin à fond ma carte de cinéma UGC. On verra bien. Ne rien faire, ça fait du bien aussi parfois. Je me reconstruis une confiance en l’avenir petit à petit, et c’est rassurant. Bonne semaine à tous – en espérant que vous faîtes le pont ! Talk to you soon.

 

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 17:00

Bon voilà, je n’écris plus trop, je ne prends pas le temps, je réfléchis trop. Quand je ne travaille pas je ne fais rien. Je cherche les moments en suspension, les minutes hors du temps allongée sur le canapé ou sur le lit, le jour qui décline dehors, l’écran qui scintille, mon esprit qui se balade. Grasse matinée qui n’en finit pas de traîner. Sieste impromptue peuplée de rêves qui ne veulent rien dire. Je rêve de culottes, de Matthias Schoenaerts, d’appart. Je regarde du porno en journée quand la volupté émerge de mes rêveries paresseuses. Je jouis en même temps qu’une inconnue visionnée sur Pornhub, c’est drôle, je ne sais rien d’elle mais on partage un orgasme en décalé. Je vis en pyjama, j’alterne entre la console et la télé, entre l’ordi et les bouquins. Je flâne dans ma propre vie comme un touriste curieux. J’aimerais arrêter le temps. J’aimerais prendre le temps.

Le temps s’en fout et me dépasse à toute berzingue, j’ai pas le temps de le regarder filer. Je cherche un appart en ce moment, je dois quitter le mien. Bientôt je quitte un boulot, enfin je vais fermer boutique, et je vais en chercher un autre, de travail. Je change un peu de vie en 2015, à nouveau, comme en 2013 mais à l’envers, ça fait bizarre, c’est mal foutu. Il faut défaire ce qui a été fait, mettre des points finaux là où il n’y avait que des points de suspension. Je n’arrive pas à me projeter, j’ai même du mal à en parler, ça permet de rester encore un peu dans l’irréalité. Les choses se font mais pas vraiment, il y a beaucoup d’attente, de détours, de lenteur et de traînage de pieds. Je ne sais pas trop où je vais. Je n’aime pas cette sensation.

Qu’est ce que je fais au mois d’août, où je vais, qui je vois, où je vais habiter, où je vais travailler en Septembre, autant de questions en suspens. Je me rassure en me disant que c’est loin mais en fait ça arrive vite. Il faut faire les cartons, faire du tri. Il faut vider les tiroirs, jeter le bazar. Il faut remettre à jour son CV, réussir à se poser les bonnes questions, savoir ce qu’on veut faire dans la vie. Back to business, le monde corporate tout ça tout ça. Je regarde mes vestes et mes chemisiers dans l’armoire et je me dis : C’était quand déjà, que je mettais ça pour aller travailler ? Est-ce que ça a vraiment existé ? J’ai l’impression que c’était dans une autre vie. Je vais retrouver cette peau, l’habiter à nouveau. Retrouver les open space, les pauses déjeuner, les collègues et les week-ends de deux jours. J’ai du mal à y croire.

Alors je n’y pense pas, je fais comme si ça n’existait pas. Le soleil commence à montrer son nez et je me concentre sur l’été qui arrive. Je contemple les soutien-gorges et les culottes qui s’amoncellent dans la boutique en me demandant ce que je vais bien pouvoir en faire. Je regarde par la fenêtre, je me replie sur moi. J’écris à nouveau, je sais pas, le deuxième souffle, l’anticipation de celle qui s’échappe en avance de sa prochaine vie, qui aurait voulu être une artiste. Comme à chaque tournant, c’est l’occasion de se reposer des questions, et si j’avais, pourquoi j’ai pas, est ce que je pourrais. Plus la même énergie, plus la même envie de creuser. J’ai un peu renoncé je crois. Je veux payer mon loyer, ne plus penser aux fins de mois. Je veux être sereine, je veux rendre les armes. Déjeuner en paix.

Je serre les dents, je continue, ne rien lâcher, faire plusieurs choses en même temps. Il y a du stress mais aussi plein de bons moments. La vie continue, le printemps à Paris, les amis, les amours. En gros tout va bien. Je m’étonne un peu. J’attends de voir ce que les mois à venir me réservent. Je suis sur le qui-vive, en stand-by. Il y a une grosse flaque d’inconnu devant moi et je la surveille avec suspicion. Advienne que pourra.

Je n’oublie pas le blog – j’y passe quand j’en ai l’envie. Et quand j’ai quelque chose à dire.

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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 10:49

Il est dix heures et demie du matin en ce glorieux dimanche post-Saint Valentin et j’ai dû allumer toutes les lampes dans mon appart pour avoir un peu de lumière. Dès que je croise une affiche pour 50 nuances de Grey dehors, j’ai envie de vomir. Même au bout de six lessives consécutives, j’ai l’impression que ma pile de linge sale ne diminue pas. Au petit-déjeuner (il y a quinze minutes), j’ai terminé ma tablette de Côte d’Or chocolat noir/noisettes et le paquet de Pims, résultat il n’y a plus rien à manger dans l’appartement. Ca veut donc dire que je vais devoir sortir, dehors, là où il fait froid, là où il y a d’autres gens, là où il se passe des choses. Affronter le monde extérieur le temps d’aller acheter des pâtes au Franprix. Ca me paraît un effort incommensurable.

Parfois, j’ai des phases où j’ai l’impression que ma peau rougit comme celle du homard, devient tendre et crue et cesse de me protéger. Tout m’agresse, je n’ai plus la force de résister, tout me touche et me fait du mal, j’absorbe tout ce qui est négatif autour de moi comme une sorte de super Etoile noire (pas trop sûre de ma métaphore pour le coup, mais poursuivons). Heureusement, au bout de 28 ans d’existence, je me connais bien et je sais repérer mes phases de transformation en crustacé bientôt bouilli. C’est là que j’enclenche mes coping mechanisms, comme disent nos amis anglais : mes mécanismes pour faire face à cette situation. Je vous en fais part ici même, juste au cas où :

La musique

Non, je ne suis pas devenue Nicoletta. Mais la musique, c’est magique et ça fonctionne à tous les coups. Le postulat de base est simple : il est tout simplement impossible d’être sérieusement triste en écoutant de la musique de merde. Essayez de pleurer sur du Patrick Sebastien ou du Vengaboys, c’est impossible. Donc, dès que je sens venir la déprime aigue, paf, je mets mes écouteurs et je lance le générique de Ghostbusters à fond dans mes oreilles. I ain’t afraid of no ghost. Mon cerveau, désarçonné, oublie que ça ne va pas et se met malgré tout à faire bouger ma tête en rythme. J’enchaîne avec le Jerk et c’est bon, la crise est cette fois oubliée.

La bouffe

Bon, pas de recette miracle ici, j’imagine que je ne vous apprends rien. Ca marche moins à tous les coups, la bouffe, parce qu’on peut facilement se sentir mal après, notamment si on a trop mangé (un menu Golden XXL de chez MacDo par exemple, à tout hasard). Mais s’il y a des trucs qui te font vraiment plaisir, comme un petit baklava tout collant de miel ou une bonne plâtrée de pâtes lardons/sauce tomate, eh bien feu vert pour passer en cuisine/au magasin. Ce n’est peut-être pas bon pour ton corps (et encore), mais c’est bien pour ton moral, alors pas de quartier !

Les séries

La joie de démarrer une toute nouvelle série qui est trop super, et de savoir qu’il reste encore une bonne vingtaine d’épisodes à regarder. Il y a un aspect très réconfortant dans les séries télé : la récurrence des personnages. Ils sont là, ils t’attendent, tu t’attaches à eux d’épisodes en épisodes, ils deviennent comme une deuxième famille ou un nouveau groupe de potes. Ca m’apporte toujours beaucoup de réconfort quand je passe par exemple une journée de merde au boulot, de me dire que le soir je vais pouvoir regarder un épisode de ma série préférée du moment. Bon, là, pas de chance, j’ai pas grand-chose à regarder. Idées bienvenues – je suis preneuse !

La nidation

Toi, ton lit, ton frigo, ta couette. Pas un bruit autour de toi, à part celui de l’ordinateur ou de la télé. Un bon bouquin à tes côtés. Des gens au bout du téléphone, mais pas plus près, pour te laisser respirer. Un thé tout chaud au caramel. Aucune contrainte, aucune obligation aujourd’hui. Une bonne grasse mat qui traîne en longueur, une sieste profonde qui dure plusieurs heures. Une couette moelleuse, une lumière douce. Une longue douche chaude, ou un bain qui s’éternise. Nina Simone ou Patsy Cline dans tes oreilles pendant que tu regardes la nuit qui tombe dehors depuis ton lit, allongé en étoile, le corps détendu, l’esprit aéré. Le dimanche.

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 18:45

And the haters gonna hate, hate, hate… I’m just gonna shake, shake, shake… Je ne sais pas qui m’a fait découvrir Taylor Swift il y a quelques semaines en m’envoyant le clip de Blank Space, mais je ne le/la remercie pas. C’est horrible – ses chansons restent engluées à mon crâne pendant des jours, impossible de m’en débarrasser ! D’un autre côté, c’est cool, elles sont parfaites pour se forcer à sortir du lit le matin, et j’en viens à ne plus détester Taylor et son petit air de sainte-nitouche. Mais s’il vous plaît, envoyez-moi d’autres chansons à écouter, sortez-moi de cet enfer rose bonbon.

Il y a deux semaines, c’était le Dîner des Anciens d’une de mes assos étudiantes, à Lille. Ça fait bien trois ans que je rate cette commémoration annuelle de nos bons souvenirs de cuites et de choppes. J’ai vu passer les photos qu’une actuelle membre de l’asso (encore étudiante donc) a posté sur le groupe Facebook. Des visages tout lisses, d’à peine vingt ans, regardent l’objectif avec un grand sourire vaguement bourré. De jolies filles en belles robes sont un peu trop habillées pour l’occasion, mais ont dans les yeux la petite lueur d’excitation qu’apporte le fait de porter une robe sexy et élégante pour la première fois ou presque. Les garçons sont un peu engoncés dans leurs costumes mais arborent fièrement une coupette de champagne en tenant les filles déjà mentionnées par la taille. Je ne sais même pas s’il y avait des gens de ma promo cette année – apparemment non. Tous les participants avaient l’air si jeune. Putain, je vieillis quoi. C’était il y a six ans ! Je me rappelle à quel point ça nous semblait un évènement important, et à quel point on s’éclatait à se bourrer la gueule au mousseux et à danser dans nos robes de princesses vaguement slutty. Profitez, les petits, profitez. Le temps passe vite et un jour, vous n’aimez rien tant qu’aller au bar du coin de la rue boire une petite pinte de blanche avec des potes et rentrer à 21h30 à la maison pour mater une série. Old people life.

Cela dit, je ne suis pas si vieille car depuis trois semaines, je suis inscrite sur Reddit. Reddit, en fait, c’est cool (mais jusqu’à présent, je n’avais pas vraiment compris comment ça marchait. Un peu comme Twitter). J’ai créé mon compte et je me suis abonnée à des forums de discussions, ou subreddits. Je pense qu’il y a un subreddit pour absolument tout. Parmi mes abonnements divers et variés, on trouve : NSFW, NSFWgif, Vintagebabes, Okcupid, Bdsm, Feminism, Abrathatfits, Accounting (for the lol), Boobs, Aww, Ladyboners, et ma dernière découverte, Bigdickproblems. Mais mon préféré reste bien sûr le subreddit Sex. Oh boy. C’est comme Doctissimo mais en mieux écrit (en anglais certes, mais au moins il n’y a pas d’écriture SMS et les gens prennent le temps de vraiment bien raconter en détail). Tous les soirs, il y a plein de nouveaux messages d’utilisateurs et je me délecte à les lire tous. J’ai l’impression de pénétrer dans l’intimité de frères et sœurs humains, et c’est fascinant. En plus, je découvre plein de trucs, des fantasmes que je ne soupçonnais pas, des questionnements existentiels, des bonnes idées à mettre en pratique. Après trois semaines de suivi intensif, j’ai identifié deux grandes tendances des discussions :

- Des filles qui veulent du sexe un peu plus kinky (comprendre, le plus souvent, plus BDSM) mais dont le partenaire n’est pas spécialement à l’aise avec ça.

En gros, ces filles hétéros voudraient que leur mec leur tire les cheveux, leur mette la fessée ou leur murmure des trucs dégueulasses à l’oreille. Chacun son truc, donc pourquoi pas. Sauf que d’après elles, leur mec n’est pas du tout un dominant dans l’âme et a donc bien du mal à se mettre dans le rôle, quand il ne refuse pas tout net. Parfois, elles n’osent même pas exprimer ces envies car elles ne trouvent pas le bon ton ou le bon moment. C’est sûr que c’est plus simple de faire comprendre qu’on souhaite dominer un peu plus, car il suffit par exemple de faire un geste qui le montre clairement. Mais comment exprimer le fait qu’on veut être plus soumis ? S’il faut demander d’une petite voix pendant l’acte Heu, tu pourrais me tirer un peu les cheveux s’il te plaît ?, ça casse un peu le trip.

- Des filles qui veulent plus de sexe tout court, BDSM ou pas, mais qui sont confrontées à leur partenaire mec qui ne suit pas le rythme.

Il ne suit pas forcément car il ne peut pas physiquement –même s’il a évidemment des limites physiologiques à ses capacités sexuelles. Il ne suit juste pas au niveau du désir. En gros, il a moins de libido que sa compagne. Le cliché veut toujours que ce soit l’inverse. Or, à la lecture de Reddit, et à la comparaison entre les posts Ma meuf ne veut jamais baiser et Mon mec ne veut jamais baiser, j’ai bien l’impression que c’est au moins égal, voire que les femmes ont une plus grande libido que les hommes. Ce n’est ni bien ni mal, c’est juste un constat. Ça donne des témoignages comme On va se coucher, je me colle contre lui et je le tripote pour essayer d’initier le sexe, mais il me répond « Oh non pas encore, là je suis crevé… » Ou bien On baise en moyenne deux fois par semaine et il me dit que ça lui convient très bien. Que faire ? Les avis bien intentionnés des utilisateurs sont en général unanimes : c’est une question de compatibilité sexuelle avec ton partenaire et si celle-ci ne fonctionne pas bien, il faut donc changer de crèmerie (sans métaphore mal placée). Oui, mais si tout le reste de la relation est génial ? Ne vaut-il mieux pas se contenter de moins de sexe mais de plein d’autres bons moments ?

Je me suis ouverte à mes amies filles de mes questionnements profonds. Déjà, réponse quasi unanime : Ah mais moi j’ai toujours plus envie que lui, plus souvent. La réalité dépasse donc bien le cliché. Bon, mais comment gérer cette différence de libido ? Certaines avouent se résigner. D’autres cherchent de nouvelles pratiques ou de nouveaux fantasmes à mettre en œuvre pour motiver un peu plus leur partenaire. D’autres enfin réclament, purement et simplement, tout en essayant de ne pas lui mettre trop la pression non plus. Pas facile de trouver le bon équilibre sexuel.

Heureusement qu’il reste la masturbation. Personnellement, je pense que c’est une solution court-termiste pour relâcher la frustration et résoudre le problème. Mais bon, dans ma conception des choses, le sexe reste l’un des piliers du couple (avec la confiance, la communication et les séries télé), donc il faut arriver à trouver un rythme commun sur le long terme.

Voilà voilà. Désolée pour ce post un peu décousu. Je renoue un peu avec le blog donc je prends la plume pour raconter n’importe quoi dès que je sens un élan de motivation en moi – par exemple, le mercredi en fin de journée. J’étais au Salon de la Lingerie dimanche, les nouvelles collections sont magnifiques. Je vais peut-être passer sur NRJ12 dans une émission à propos d'une fille qui veut devenir mannequin grand taille – je ne suis qu’excitation. NRJ12, la chaîne qui a bercé mon adolescence, ma vie de jeune adulte et… ma vie actuelle aussi en fait. Et surtout, la chaîne qui rediffuse ses émissions à vie, au moins deux fois par an. Hâte de tomber sur moi en train de parler de boobs à la télé, quand j’aurais quarante-cinq ans.

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 18:58

Hello le gens. Nombre Premier, de retour. J’ai peu publié ces derniers temps. Pas facile d’expliquer pourquoi, même moi je ne sais pas trop pourquoi j’avais moins envie d’écrire. C’est étrange le blog, en tous cas dans mon cas : quand je suis heureuse j’écris moins, et quand je suis très triste j’écris moins aussi. Je ne sais pas trop quoi faire des extrêmes. J’ai peur de mal les communiquer, et je suis un peu pudique. Alors je préfère me taire.

Mais j’ai un peu envie de reprendre la parole aujourd’hui, sans trop savoir pourquoi. Il fait super froid. Je suis calfeutrée au chaud, dans une boutique quasi déserte malgré la période de soldes. Je n’étais pas très bien cet automne principalement professionnellement. Depuis six mois, les affaires ne vont pas bien. Je n’ai pas trop su gérer cet état de fait. Ma boîte, c’est le fruit de beaucoup de décisions pas évidentes et la somme d’énormément de travail, alors dès qu’il lui arrive un truc, il se répercute sur moi comme si on était des jumelles dans une émission de M6. Là, la boîte ne va pas bien, alors moi aussi, je n’allais pas bien. J’en souffrais moralement, physiquement. Journées de plomb, plus goût à rien, inquiétude de l’avenir, l’impression qu’il n’y a pas de solution. Culpabilisation aussi, beaucoup : pourquoi je n’y arrive pas ? Qu’est-ce que j’ai raté ? Est-ce que je n’aurais pas pu faire plus ? Mon grand frère m’avait prévenu, à l’ouverture : L’important, c’est que tu fasses ton maximum, pour pouvoir te dire à n’importe quel moment, je n’ai pas de regrets, j’ai fait tout ce que j’ai pu. J’ai des regrets, clairement. J’ai des remords, des regrets, des doutes et même une pointe d’amertume. Je sens la fin comme un cheval sent l’écurie. Je me laisse encore quelques mois, histoire d’y voir plus clair. Mais les amis, il y a une chance qu’il faille mettre un point final à cette histoire de culottes.

Parfois, je m’en veux. Je m’en veux de m’être laissé embarquer par moi-même dans cette aventure qui prend de temps en temps des airs de galère. J’essaie de retrouver la personne que j’étais il y a deux ans, qui quittait la sécurité de l’emploi sans un regard en arrière, qui était persuadée qu’en travaillant dur et qu’en étant bonne à ce que j’avais choisi de faire, les choses marcheraient forcément. Je crois très fort au mérite, au dévouement, à la récompense du juste et du bon. Mais évidemment, en économie ça ne suffit pas. Je m’en veux de ne pas avoir élaboré de meilleures stratégies, de ne pas avoir réseauté plus, de ne pas avoir fait preuve de plus d’acharnement. Je m’en veux aussi de m’être lancée seule, même si à la fois c’est exactement ce que je voulais et je ne l’ai jamais regretté. Mais là, j’arrive au bout de mes capacités, au bout de mon énergie et de mon élan.

Ce n’est pas facile d’en être là dans sa tête, pas facile de se dire qu’il va peut-être falloir défaire tout ce qui a été fait. Je me trouve lâche un peu, capricieuse, fragile, démotivée et hésitante. Mais je n’ai plus une thune, tout comme ma boîte, et les perspectives d’avenir en ces temps incertains sont assez floues. On verra la décision qui sera prise ou non dans quelques mois. Mais, fidèle à ma ligne éditoriale en écrivant ici, j’informe de mon état d’esprit du moment et des quelques mois passés. C’est quelque chose que j’ai peu lu, les mots d’entrepreneur qui ferment boutique, qui passent à autre chose, parfois une autre boîte d’ailleurs, mais qui en tous cas clôturent un projet, y mettent fin. Je ne sais pas encore si j’écrirais le mien sous peu, mais j’y pense de temps en temps.

En attendant, on va de l’avant. Il y a les nouveautés et les maillots de bain à mettre en rayon, le Salon de la Lingerie ce week-end, les commandes à honorer, les clients à conseiller, la putain de compta à terminer. La vie, quoi. Comme moi, la boutique souffre un peu mais continue à vivre. Et moi, ça va mieux depuis que j’arrive à mettre des mots sur ce qui risque d’arriver. J’ai un peu sorti la tête de l’eau. J’en ai parlé à mes parents, aux amis que j’ai vus depuis Noël, à mes fournisseurs. Avouer ce qu’on a sur le cœur, ça permet de s’alléger d’un poids. J’en ai parlé à l’Anglais que je fréquente depuis quelques mois. Il a répondu C’est pas grave. Un peu quand même, non ? Non. C’est pas pour minimiser ce que tu ressens, mais c’est pas grave parce que tu feras quelque chose d’autre. Il ne faut pas t’inquiéter. On voit bien que ce n’est pas lui qui risque de se retrouver avant des milliers de culottes et un emprunt sur les bras.

Du coup, je m’occupe des choses dans ma vie sur lesquelles je peux exercer un certain contrôle. Mon appartement, par exemple. Je me suis lancée dans plein de tri : mes bijoux, mes soutien-gorges, mes jeans. J’ai changé de lit (il manquait sept lattes à l’ancien). J’ai reçu en location aimable un écran plat qui me permet maintenant de mater Little Britain en DVD tout en jouant à Terraria sur mon ordinateur – orgasme domestique. J’ai acheté une machine à croque-monsieur aussi, parce que le fameux Anglais en a marre de ne rien avoir à se mettre sous la dent quand il vient à la maison. Bah il n’a qu’à faire la cuisine ? Juste une suggestion. Sinon, moi ça ne me gêne absolument pas, des Pringles ou du DoMac à tous les repas.

C’est en hébergeant de temps en temps quelqu’un chez moi que j’ai récemment réalisé le poids des obligations domestiques. Perso, quand je suis toute seule, repousser le ménage ou les courses d’une semaine ne me fait ni chaud ni froid. Mais quand tu es deux (ou plus), déjà tout se salit plus vite. Tu ne peux pas utiliser du Sopalin comme PQ pour dépanner. Enfin tu peux, mais c’est hardcore. Tu utilises beaucoup plus de mouchoirs que d’habitude à cause de ta vie sexuelle (mais qui songerait à s’en plaindre, déjà bien beau d’en avoir une, même épisodique !) L’autre personne a faim, mais bizarrement, elle refuse d’ingurgiter des tranches de pain de mie à rien pendant des jours. A un moment ou à un autre, tu es donc obligée de t’aventurer à Carrefour Express où tu achètes des aliments non processés, c’est-à-dire de la nourriture que tu vas transformer en nourriture différente en la CUISINANT. Diantre. J’ai même acheté des clémentines, une fois, c’est dire. Et l’autre personne, aussi, elle insiste pour boire dans un verre et non à la bouteille ou dans un gobelet en plastique. Verre que tu dois donc laver, ainsi que la tasse de son thé, son assiette et ses couverts, plus tous les ustensiles nécessaires à la transformation magique susmentionnée. Bref, il faut faire la vaisselle, l’une des choses que je hais le plus au monde.

Et même quand j’arrive à faire tout ça, parfois ça me prend sans crier gare et je me dis que je pourrai faire plus, ou mieux, ou autrement. L’appartement n’est, au fond, jamais totalement propre. Et d’un coup je me mets à penser à la poussière derrière les toilettes, aux joints parfois un peu moisis de la douche qui refusent de redevenir blancs, au coin de mur tout gris derrière mon meuble à chaussures, aux moutons de poussière qui traînent sous mon (nouveau) lit. Chez vous aussi c’est comme ça ? Chez vous aussi, il y a des résidus inexorables de saleté qui font que votre intérieur échappe à la perfection ? Ça me rassurerait. Parce que sinon, je me dis qu’il faut que je fasse quelque chose à leur propos et du coup je me sens fatiguée.

Allez, je vais conclure ce joli monologue ici, en revenant sur le sujet initial qui était la boutique. Quand il n’y a personne, je geins qu’il n’y a pas de clients. Quand il y a du monde, je geins qu’elles sont chiantes. C’est souvent de la mauvaise foi et plutôt le signe d’une inquiétude généralisée, mais je suis plus à fleur de peau que d’habitude et la moindre phrase me donne envie d’étouffer les gens avec un porte-jarretelles. Top 10 des phrases que je n’en peux plus d’entendre (surtout en ce moment) :

- Voilà, en fait je sais pas trop quelle taille de soutien-gorge je fais. Je pense peut-être du 90D (elle fait du 80H). Vous pouvez prendre mes mesures ? Du 80 ? Mais je vais m’étouffer ! (faudrait savoir, je t’aide ou je t’aide pas ?)

- (depuis la cabine d’essayage) Un bonnet de plus ? Ça ferait quoi, du G ? Ah non je suis désolée mais psychologiquement je peux pas. Oui, je vois bien que le F est trop petit, mais G c’est pas possible. (il semblerait que certaines soient dans le déni le plus complet)

- Vous avez du noir ou du beige basique, pour tous les jours, en soldes ? (bah non. Comme son nom l’indique, le basique pour tous les jours n’est jamais soldé car il se vend toute l’année !)

- (en sortant de la cabine) Bah en fait je vais rien prendre parce qu’aucun des modèles me plaît, je les trouve plutôt moches. (Et ta mère, elle est moche ?)

- (en sortant de la cabine, après avoir essayé vingt modèles –sans exagérer) En fait je vais rien prendre, y’en a aucun qui allait. (C’est juste impossible. Une fois qu’on a trouvé la bonne taille, sur vingt modèles, il y a forcément quelque chose qui va. Non ? Non.)

- (en sortant de la cabine) En fait j’ai rien trouvé… Vous ne connaîtriez pas d’autres boutiques comme vous à Paris ? (ben déjà non, et même si c’était le cas, je ne compte pas exactement t’imprimer un Mappy pour que tu y ailles)

- (en tenant à la main un string taille 52) Oulala, mais c’est vraiment très grand ça. J’ai jamais vu ça ! Mais il y a vraiment des gens qui portent ça ? Faut oser quand même. (Mais parce que tu fais du 38, tu as plus de légitimité à te mettre une ficelle dans les fesses ? Ben non).

- (à sa copine) Je vais essayer tout ça, mais je sais déjà que j’achète pas, je vais attendre les soldes de juillet. (Aucun souci, reste deux heures (vraiment, deux heures) dans mon magasin pour faire des essayages avec ta copine pour ne rien acheter avant six mois, dans le meilleur des cas. Vas-y, ne te gêne pas, c’est la fête !)

- Mais il ne vous reste plus de 90F en soldes ? Ah mince ! C’est toujours comme ça, moi y’a jamais ma taille nulle part… (Bah si tu n’attendais pas la troisième démarque pour venir ou que tu achetais non soldé, on l’aurait ta taille !)

- (au moment de payer) Ah mince, j’ai oublié ma carte bleue. Vous pouvez me le mettre de côté et je repasse demain ? C’est sûr, je reviens demain sans faute. (Elle ne revient JAMAIS).

Allez, bon week-end à tous, talk to you soon !

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 11:55

J'ai peu (voire pas) écrit ici en Décembre, mais je tenais au moins à vous souhaiter à tous une excellente année 2015.

Chaque année apporte son lot d'imprévus, de rencontres, de projets. Elles passent sans trop se ressembler, quand on croit avoir résolu certaines questions, d'autres se posent. Il y a sans cesse de nouveaux défis, de nouvelles difficultés à surmonter.

Il y a aussi des gens autour et beaucoup de chaleur humaine. Chacune de mes années se termine sans trop de pertes ni fracas grâce à vous, les gens autour de moi, qui me lisez ou qui ne me lisez pas, qui me faîtes rire quand je n'en ai pas envie, qui me dîtes que ce n'est pas grave quand j'ai l'impression de me noyer. Depuis deux ans, je démarre mes années avec une grande énergie, du baume au coeur et la fleur au fusil.

2015 commence plus en demi-teinte, en zone d'ombre, à pas de loup. J'y vais doucement, je ne me lance pas dans la mêlée comme d'habitude. J'avance en tapinois parce que je ne sais pas trop où on va. Je n'arrive pas bien à savoir de quoi cette année sera faite, ni de quoi j'ai envie qu'elle se compose. C'est perturbant pour moi, c'est nouveau, cette sensation d'apesanteur.

Pourtant j'ai des raisons d'avoir le sourire et le moral, sur le papier tout va bien, et ce qui ne va pas pourra être surmonté. Je crois que parfois le stress a raison de moi, la paralysie me gagne et j'ai tendance à me laisser couler.

Mais il ne faut pas! Les nouvelles années sont aussi pleines de promesses et de lendemains qui chantent. Advienne ce que pourra. Ce qui est sûr c'est que je veux profiter de cette année pour abandonner certaines choses ou les mettre entre parenthèses, pour repenser mes projets de vie et ce qui me rend heureuse. Parfois on a besoin d'année du changement, moi j'ai besoin d'une année de l'immobilisme, de l'attente, de la tranquillité. Une année blanche, une année douce.

Excellente 2015 à vous - faisons-en un bon cru, et à très vite!

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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 11:34

Il y a des gens comme mon estimé confrère Movieslayer qui vont voir un film au cinéma et qui en font une super critique éclairée. Je suis allée voir récemment Le Passeur (The Giver) et Interstellar, et voici ce que j’en ai retenu :

Dans Interstellar, ce bon Matthew explique à sa fille qu’il se barre à l’autre bout de l’univers sans certitude de retour tout simplement parce qu’il en a profondément envie, même si elle va lui manquer. Il dit que quand on fait des enfants, on a tendance à devenir leur fantôme, à n’être que des acteurs de leur histoire. On perd sa propre vie de vue, on devient des personnages secondaires. Pourtant on reste des individus à part entière avec des rêves plus gros que nous. Faut-il les poursuivre quand même ? Moi j’aurais fait comme Matthew, mais il faut dire que sa fille m’énervait depuis le début du film.

Dans Le Passeur, un vieux monsieur transmet à son successeur les meilleurs moments de l’humanité via des souvenirs. Que sont-ils, en vrac : faire de la luge. Glander sur un bateau au milieu de l’océan, au moment du coucher du soleil. Se marier à la campagne (et visiblement au 18eme siècle). Ces flash sont censés symboliser les moments les plus agréables d’une vie humaine, des moments de bonheur intense et de joie pure. Si on oublie le mariage d’époque qui malheureusement va être difficile à vivre en 2014, je me rends compte qu’il serait difficile dans ma vie aujourd’hui de trouver un moment à isoler et à transmettre aux générations futures. La douce sonnerie des wagons de la ligne 7 le matin ? Les trottoirs tout gris de Paris. Faire la vaisselle un samedi soir parce que ça fait un mois et demi qu’on y a pas touché. Du coup, je crois qu’il me faudrait injecter un peu de joie dans tout ça, un peu de légèreté et un peu d’amour (universel).

Ça ne me ferait pas de mal, vu que je suis un peu tristoune présentement. Je sais que c’est le lot de pas mal de gens en ce beau mois de Novembre 2014, qui s’annonce d’ores et déjà comme un grand millésime de la lose. C’est comme si une chape de plomb se traînait au-dessus de Paris, en tous cas au-dessus de la boutique. Il n’y a pas grand monde, il fait nuit à seize heures, la rue n’est pas illuminée, j’ai l’impression d’être au fond d’un chaudron. Je me traîne une sorte de fatigue chronique, entièrement due à moi-même puisque je persiste à essayer de Skyper de temps en temps avec un individu qui n’a pas de boulot et le rythme biologique d’une chouette, ce qui fait que je me couche parfois à cinq heures du matin en semaine. Chez moi, le lien entre le moral et le sommeil est immédiat, quasiment aussi direct que celui entre ne pas boire assez et avoir une cystite, alors je reste toute grognonne au milieu de mes culottes à voir tout en noir. Une attitude constructive qui me mènera loin.

J’ai trouvé ce truc assez chouette sur les Internets : http://ask.fm/OndeeJeunePH

Ça te permet de poser tes questions anonymement à une pharmacienne. Ça m’aurait bien servi la fois où je me suis retrouvée à appeler la ligne d’urgence du Planning Familial parce que j’avais oublié un comprimé de pilule… Sinon tu peux aussi poser tes questions directement à ton pharmacien/ta pharmacienne, sauf si tu as la même que moi. L’autre fois j’y allais pour une histoire de vagin (pour résumer) et elle n’arrêtait pas de me dire de parler plus fort au comptoir bondé, alors j’ai fini par hurler « Voilà, j’ai eu mes règles il y a trois jours… » Au moins, cette fois, tout le monde avait entendu.

Mon appart est dans un état ahurissant, qui me renvoie aux heures les plus sombres de ma vie étudiante. Il y a des fringues partout sur le sol, des choses qui pourrissent dans le frigo et des sacs poubelles un peu partout. Pourquoi je laisse mon bordel me dépasser comme ça ? Pourquoi je ne le contrôle pas ? Il va quand même falloir que je me décide à ranger un de ces quatre, mais en fait mes rares heures passées chez moi en ce moment, je les consacre bêtement à Skyper ou à jouer à Fantasy Life sur ma Nintendo DS, donc je ne peux m’en prendre qu’à moi-même.

C’est un peu ma devise de Novembre, ça : y’a plus qu’à, fais ci, fais ça, mais bouge-toi. Ce coaching personnel du pauvre, prodigué par moi vis-à-vis de moi-même, atteint malheureusement ses limites. Je me fais des doigts d’honneur et j’envoie tout valser pour glander dans mon lit (sauf au travail où je m’oblige à tenir ma to do list, sinon le découragement est proche).

Liste des choses réjouissantes à venir cela dit :

- La diffusion en boucle de chants de Noël à la boutique

- Une participation à un calendrier de nu début Décembre (je ne sais pas trop pourquoi j’ai dit oui, mais ça va être cool)

- Des dîners ou soirées entre amis

- La semaine de vacances à Noël

- Monter d’un niveau dans Fantasy Life (que celui qui n’a jamais passé deux heures sur Candy Crush me jette la première pierre)

- Acheter des Ferrero Rocher parce que c’est bientôt Noël (ne cherchez pas, c’est d’une logique implacable)

- Dormir. Bientôt. Peut-être même suffisamment.

Hugs, cœurs et tourterelles sur vous les amis. Quand est ce qu’on va se boire un petit vin chaud ?

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 10:57

Des habits qui traînent un peu partout sur le sol de la chambre. Des valises à moitié défaites, par manque de temps, par flemme, par sentiment d’à quoi bon vu qu’on ne reste qu’un week-end. Des verres à demi pleins et des assiettes vides posés aux quatre coins de la pièce, qu’on laisse moisir là parce qu’on fera la vaisselle plus tard. Quand le week-end sera terminé. Quand la vie normale aura repris.

Du sexe un peu trop souvent, un peu trop brut, un peu trop intense. Comme si on emmagasinait de l’érotisme et des orgasmes pour les semaines à venir. Moins d’hésitation et moins de retenue, du sexe là où on peut, à chaque fois qu’on peut, toujours un peu chargé en électricité. Une routine qui n’a pas le temps de s’installer, même si les peaux se connaissent de mieux en mieux au fil du temps, mais petit à petit. Il faut du temps pour se reconnaître physiquement, pour faire renouer les corps à la descente de l’avion ou du train. On s’embrasse à peine, on se serre dans les bras. Au fil des heures qui suivent, on se retrouve, les sensations familières, sa peau contre la nôtre. On se reconnaît et le désir devient écrasant, parce qu’on sait que le temps est compté.

Des lits qui ne sont pas le nôtre, qui ne sont pas habituels. Qui le deviennent peu à peu au fil des partages. Un réseau de rues étrangères qu’on découvre, qu’on s’approprie petit à petit, dans lequel on regarde l’autre évoluer avec naturel, chez lui. On l’observe. On l’épie du coin de l’œil quand il rit avec ses amis, quand il prend sa mère dans ses bras, quand il discute avec son boulanger. Comme s’il y avait des signes cachés dans ce décor, des indices pour mieux cerner cette personne, cet encore inconnu. Son environnement habituel nous donnera peut-être des clés pour mieux le comprendre, pour compenser le temps qu’on ne passe pas à côté de lui.

Des couloirs d’aéroport à demi vides, qui s’étirent à l’infini. Les sachets miniatures de shortbreads ou de chips au vinaigre. Les contrôles de sécurité à répétition, les gestes appris par cœur, les différents terminaux que l’on sait placer sur une carte, le RER B qui n’a plus de secret pour nous. Des adieux sur des quais de gare, devant des guichets d’enregistrement, au pied de bus prêts à partir. On passe autant de temps à se retrouver qu’à se quitter, on a l’impression de sans cesse se dire au revoir. Quand le train arrive en gare ou quand l’avion atterrit, c’est l’excitation et la joie pure, le basculement dans une bulle, le temps d’un week-end, d’un séjour. Quand il faut rentrer chez soi ou le quitter, c’est l’abattement, la fin d’une parenthèse, un sentiment bizarre de solitude nouvelle. Une dent de scie permanente, entrecoupée de longues périodes de vide, pleines de conversations Skype et de textos tardifs, de likes Facebook et de Snapchats dénudés.

Entre les revoyures, la vie normale reprend, et c’est agréable. Mes potes, mon ciné, mes horaires, mon quotidien. On en viendrait presque à l’oublier, en tous cas oublier sa présence, son visage. On ne ressent pas trop le manque, on est content de s’absorber dans ses propres centres d’intérêt. On sait que quand on va se revoir, il va falloir s’ajuster à d’autres envies, d’autres horaires, d’autres préférences. A quel moment arrête-on de s’adapter pour commencer à s’effacer ? A quel moment cesse-t-on de faire de la place à l’autre, pour finalement le laisser s’étaler ?

C’est l’ennui avec la distance. On alterne les périodes où on se retrouve seul et où on retrouve toute la latitude de son indépendance, et des moments à deux presque douloureusement concentrés, trop intenses, vécus à outrance pour ne pas en rater une miette. Alors qu’il faudrait une montée sereine des sentiments, un apprivoisement lent et mutuel de l’autre, de la vie à deux, du couple. Là c’est chaud et froid, noir et blanc, tout ou rien. On fait avec. On essaie de ne pas se perdre tout en ouvrant grand les bras. On navigue entre ici et là-bas en essayant d’aimer les deux facettes de l’histoire, les périodes sans et les périodes avec. C’est un peu comme avoir deux vies, une de célibataire et l’autre de couple. Ça a ses bons côtés. Et ses mauvais aussi, l’épuisement après les Skypes nocturnes en semaine, une envie d’affection qu’on avait moins avant, puisqu’on s’était habitué à s’en passer, un sentiment parfois vague de tourner en rond ou d’aller nulle part.

Piano piano, on verra bien. On progresse doucement sur le tumultueux chemin des retrouvailles.

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 10:32

C’est toujours pareil : dès que je m’attache vraiment à quelqu’un, que je le juge réellement digne de confiance, je n’ai plus qu’une idée, lui jeter tout mon mal-être à la gueule. Le ligoter au lit et lui montrer toutes mes cicatrices, une à une. Lui ouvrir tous les tiroirs de mon crâne et en sortir tout mon musée des horreurs. Je veux me mettre à poil, plus qu’à poil, je veux m’arracher le cuir et lui montrer les muscles, le sang, les bleus. J’aimerais qu’il me connaisse toute entière, mais surtout les côtés sombres, les zones d’ombre, tout ce que je ne montre jamais à personne. La face cachée de ce que je suis.

Il verrait tout ce bordel qui me compose, toute cette chair en charpie, tout ce n’importe quoi et ces plaies pas bien refermées, et il ne partirait pas. Il les refermerait une à une, les plaies, il m’embrasserait sur mes bleus, il me caresserait les cheveux en me disant que ça va aller. Pas plus. Juste, il resterait là sans bouger. Et après, je n’aurais plus jamais peur, et je pourrai recommencer à vivre, un peu plus légère, moins abîmée.

Mais je sais bien que je ne peux pas faire ça. Tu ne peux pas piéger quelqu’un dans tes recoins sombres, comme ça, sans prévenir. Et surtout, a priori, ce n’est pas la première chose que tu as envie de faire au début d’une histoire. J’imagine qu’au début, tu te montres sous ton meilleur jour, tu caches tes blessures, tu prends soin de l’autre, tu présentes ton bon profil et tes bons côtés. Ou peut-être pas ? Je sais pas, moi j’ose pas sortir les monstres du placard, je me cache comme d’habitude en restant en surface. J’ai tellement peur qu’il parte, toujours. Probablement parce que je me demande pourquoi il est là, pour commencer.

C’est sain, cette envie pressante de tout dévoiler, d’étaler les choses qui traînent tout au fond de toi ? Je dois être un peu exhibo, ou alors je dois en avoir peur moi-même. Il y a des moments, des histoires et des coups et blessures que je n’aime pas me rappeler, que je n’aime pas aller titiller. Je les laisse en paix en espérant qu’ils en fassent autant. Je me dis que si je reste tranquille, ces souvenirs vont arrêter de flotter en suspension et se déposer au fond de mon âme comme de la vase. Et ensuite, je les laisse pourrir là-bas et je me garde bien de remuer, pour ne pas les déranger. Je les ignore, j’essaie de ne jamais y penser, je refuse de m’en rappeler. Et au quotidien, ça marche pas mal. Je fonctionne plutôt bien, je ronronne à travers l’existence, mais il manque juste une pièce, un rouage de la machine. C’est pas grave, je compense par des distractions, les amis, des projets. Mais à force de frotter, peut-être que le joint va se rompre ?

Du coup, armée de quelqu’un dans ma vie, j’ai l’impression qu’il faut en profiter et sauter le pas, aller fouiller au fond du lac et remonter les souvenirs enfouis à la surface. J’ai envie de faire place nette, d’être libéré de tout, surtout de moi-même. Mais peut-être que c’est illusoire ? Peut-être que tout le monde se traîne des casseroles toute sa vie, peut-être qu’on en crée à chaque instant et qu’elles s’amoncellent juste les unes par-dessus les autres ? Oui mais quand même. J’voudrais quelqu’un qui panse les plaies, qui pose son doigt là où ça fait mal, pour supprimer un peu la peine.

De toutes façons, même si parfois j’ai envie de crier des insanités, même si ma bouche s’ouvre pour dire des choses que je n’ai jamais dites, je ne me retiens de toutes mes forces. Je m’en empêche physiquement, j’enfonce les ongles dans la peau de mes mains, je me mords les lèvres, je sens les larmes commencer à couler, de manière incompréhensible. Je ne sais plus si j’habite ma peau, si c’est bien moi qui suis là. Je ne sais plus qui est cette personne en face, pourquoi je suis avec lui, est-ce que tout ceci a du sens. De temps en temps, il y a des choses qui remontent, et j’appuie dessus pour les faire redescendre. Pourtant c’est sans doute beau, sain, ça veut dire que l’autre s’insinue sous ta carapace, te touche et te fait trembler, c’est probablement ça l’amour etc. Mais moi, ça me fait flipper, et je finis par lutter contre, par poser des limites. Si j’enlève tout, je me retrouve à nu et qui sait ce qui va m’arriver ? J’évite de me mettre dans une situation où je pourrais avoir mal. J’ai pas envie que l’autre s’en foute, se moque, s’en serve contre moi, mais par-dessus tout se casse, me laisse là avec ma peine affleurant et mes idées noires à la surface. Parce que je ne sais pas si cette fois, je saurai les enfouir à nouveau. J’ai peur de me laisser submerger sans quelqu’un à mes côtés.

Alors je laisse tout ça tranquille, je mets un couvercle sur tout ce qui frémit au fond, je laisse mijoter. Tout se passe bien, il ne me quitte pas, et s’il me quitte ça me fait moins mal, parce que j’ai la satisfaction de ne pas lui avoir tout dit. Je protège jalousement mes blessures, c’est peut-être idiot. Quand j’ai le blues, je n’arrive pas à expliquer pourquoi, et c’est compliqué. I’m such a mess. Je n’ose pas commencer à dérouler le fil parce que j’ai peur de ce que je vais trouver au bout. Alors j’essaie de ne pas y penser, de lui donner des coups de pieds dans les côtes, à la déprime. Je me sens mal, mais je ne sais pas comment l’exprimer. Je lui en veux, à l’autre, de ne pas deviner, de ne pas me dire les mots que je voudrais entendre, de ne pas me serrer dans ses bras. Mais comment pourrait-il savoir ? I’m ok. Je vais très bien. Je me tourne vers les amis, je raconte la peine à demi-mot, mais surtout je l’oublie, je me distrais et je pense plutôt à eux. Ça finit par passer, par retomber, le monstre retourne se coucher. Ce sont les montagnes russes à l’intérieur de moi, depuis mes dix-sept ans. Mais au moins, ce n’est plus seulement une chute en avant. Parfois, il y a des montées grisantes et des instantanés au sommet que je savoure, les yeux rivés sur le paysage, le visage tourné vers l’horizon. It’s gonna be ok.

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Des fruits, du fun, du goût.

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Moar

Nombre Premier a un Pinterest (trop hipster) (tellement hipster qu'elle ne l'alimente plus)

Et aussi, elle a écrit un livre (petit, le livre).

Et enfin, elle a aussi une adresse mail (so 2000s): nombrepremier.contact@gmail.com