24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 21:44

Bon, fini de plaisanter les copains. On raccroche les serviettes, on fait sécher les maillots, on remet le cartable sur le dos. Back to school, back to work, back to the shop. Malheureusement non, la vie ne peut pas être qu’un long fleuve tranquille de siestes, de mauresques et de parties de pétanque au soleil couchant.

Ou bien si ?

Mes vacances 2014 ont été, au global, un bien meilleur cru que celles de l’an passé. J’ai quitté la boutique le cœur mille fois plus léger, beaucoup plus calme et sereine. J’ai réalisé a posteriori que l’été précédent, j’avais eu besoin des cinq premiers jours (notre séjour à Naples) pour décompresser. Là, pas besoin, j’avais la super patate et le moral au beau fixe pour Istanbul avec les copines. C’était un voyage au top, malgré un début des plus chaotiques. Grâce à l’effet conjoint du retard de notre vol depuis Paris et de l’avance de notre correspondance à Rome, on s’est retrouvé à traverser l’aéroport en dix minutes, en grillant tout le monde au contrôle des passeports et en choppant le pire point de coté du monde, au point que j’ai cru que j’avais mes règles qui se déclenchaient mais en fait non, c’est juste que je ne fais jamais de sport.

Et puis, une fois montées dans l’avion, l’une d’entre nous a trouvé le billet abandonné d’une passagère précédente, et il s’est avéré qu’on avait galopé à travers tout l’aéroport de Rome pour remonter dans le même putain d’avion que celui qui nous avait transporté depuis Paris.

Bon, shit happens. On est quand même arrivées en Turquie le vendredi soir, les quatre fantastiques, ou les quatre dindes, c’est selon. L’hôtel était chouette et super bien placé. Premier soir, premier dîner en face de la Mosquée Bleue au soleil couchant, devant un bon kebab et une tranche de pastèque. Le bonheur de vivre.

Et puis des visites, plein de visites. Les mosquées au petit matin. Les chats, partout, tout le temps, pour ma plus grande joie. Le soleil. L’agneau grillé et les baklavas à la pistache. Les taxis et le grand n’importe quoi. Le sens de l’humour à la turque, qu’on a rarement saisi. Sexy baklava. L’achat d’un sarouel qu’on ne remettra jamais, pour la modique somme de trois euros. Le Bosphore en bateau au soleil couchant. Les îles aux Princes, la mer, les mecs qu’on a matés sans scrupules (mais avec discrétion). Le Turc nous a plu, globalement. On n’arrêtait pas de tomber en amour. Certaines ont ratissé, plutôt large (voir cet article pour la théorie du râteau). Les discussions de meufs, écroulées sur le lit en pyjama, devant un cocktail sur un rooftop de ouf, dans le taxi, au petit déj, partout, tout le temps. Les poils, les mecs, le porno, les filles, les autres, le couple, la vie, la famille, les amis. C’était bien. C’était parfait. Vivement l’été prochain.

Après cette escapade eurasiatique, j’ai pris le train pour le Sud, direction les parents. Par un incroyable timing, ma grand-mère paternelle est morte le lendemain de mon arrivée. Deuxième partie des vacances un peu doux-amère, grande joie de voir la famille, tristesse et tension du décès et de l’enterrement. La cérémonie était très belle. J’écoutais le curé officier et mon père pleurer, et tout ce que j’étais capable de me dire, c’est que c’est comme ça que tout finit : dans une boîte, entre quatre murs, avec des gens qui racontent ta propre histoire à leur manière, qui te reconstruisent de par leurs souvenirs. Mais ça te fait une belle jambe, ce qu’on a à dire sur toi, une fois que tu es dans ta boîte. Avant ça, avant l’encens et l’eau bénite, avant le cimetière de quelque confession qu’il soit, avant les hommages et les portraits, il faut vivre, vivre sans en rater une miette, sans repousser à jamais, sans se mettre des barrières. On sera bien assez coincé au fond de la tombe. On a fini par un repas de famille des plus animés, un peu flamboyant, aux frais de la défunte, en échangeant des anecdotes à son sujet et à propos de tout et n’importe quoi. Mon premier enterrement.

Chez mes parents, il y avait aussi mon neveu et ma nièce, la douce progéniture de mon passionnant grand frère. Si la petite sœur est encore un peu jeune pour être intéressante (sa brève existence se compte encore en mois), mon neveu est clairement un personnage qui ne peut être ignoré. Littéralement, déjà : à la moindre tentative de m’éclipser, il me hurlait dans les oreilles Tatiiiie, tu viens ! Je viens, oui chef, bien chef.

Je suis venue partout : dans le jardin voir les escargots, dans le salon voir Robin des Bois ou Peter Pan, dans la cuisine pour lui servir un verre de grenadine, dans sa chambre pour lire une histoire, dans le petit bois au fond du jardin pour jouer. Mon neveu, cet été, c’était Robin des Bois, bâton fièrement dressé, arc bandé (ce ne sont pas des métaphores sexuelles, il n’a pas encore trois ans). Il se baladait dans sa petite pinède en propriétaire de l’endroit, faisant du feu imaginaire et affrontant des loups hypothétiques. Sa mère était évidemment Marianne (complexe d’Œdipe bonjour). A noter que mon propre père est devenu Frère Tuck, probablement à cause de la calvitie. Quant à moi, le premier jour, j’ai eu l’immense honneur d’être Petit Jean, le pote de toujours de Robin, celui avec qui il se marre et fait les quatre cents coups. Je le suivais partout en disant Où on va, chef ? Je te suis, chef, et ça le faisait rire aux larmes. Et puis, le deuxième jour, je suis venue le retrouver dans le petit bois pour jouer, et mon frère était déjà là. J’ai demandé à mon neveu : C’est qui, ça ? Il m’a répondu : C’est Petit Zean. J’ai donc logiquement demandé : Mais je suis qui, alors, moi ? Et là, il m’a assenée d’un air hautain, pendant que mon frère ricanait sournoisement : Toi, tu es la grosse poule.

La grosse poule, c’est Gertrude, la copine de Marianne. Mon frère avait fait remarquer au chef que Petit Zean ne pouvait pas être incarné par une fille, et j’avais donc écopé du rôle de la grosse poule de Disney. Bon, après je me suis souvenue que ce personnage est super cool, pas du tout genrée, courageuse et drôle, et j’en ai pris mon parti. Même si mon frère a persisté à m’appeler Gertrude tout le reste du séjour (il a tout de même 33 ans, je le rappelle).

Et puis voilà, aujourd’hui c’est le retour à Paris, le retour au travail, le retour à la vie de tous les jours. J’ai beaucoup discuté et amélioré la théorie de la brique (voir début ici), durant ces vacances. Deux autres comportements typiques de la brique à noter :

- Quand tu lui dis que tu ne te sens pas bien dans la relation et que tu envisages de rompre, il te répond Ok, très bien, si tu ne te sens pas bien, je n’y peux rien et je préfère te laisser partir. Ou alors, tu pourrais aussi essayer de changer ta façon de faire, non ?

- Quand tu pointes certains indices communément admis comme faisant partie d’une vie de couple plutôt florissante et en mode roue (la rencontre de ses parents, le fait de ne plus mettre de capote, le fait de rencontrer ses potes…), il te répond que lui ne voit pas en quoi c’est impliquant et que c’est encore toi qui t’es fait des idées. Mais bien sûr. Et ma main sur ta gueule, c’est juste une idée aussi ?

Bon. J’ai également décidé de changer la conclusion de mon premier article sur le sujet. Je disais précédemment que j’en avais marre d’être une roue qui se heurte sans arrêt à des briques, et que j’allais donc moi-même me transformer en parpaing. Sauf qu’en fait, non. Je ne peux pas aller contre ma nature profonde qui est de rouler librement aux quatre vents. Je vais donc tenter, je dis bien tenter, de trouver une roue avec qui faire un bout de chemin. J’ai très récemment eu vent de quelques exemples dans mon entourage qui m’ont redonné espoir dans l’existence de roues masculines hétéros. Après, qui sait, ce sont peut-être des mirages et peut-être vais-je encore finir par me prendre une brique de plein fouet, mais ce sont les risques du métier, advienne que pourra.

Et en vrac, pour terminer : bons baisers aux Marseillais. Mes félicitations aux récents fiancés. Miss un bon paquet de monde que je n’ai pas vu depuis trop longtemps. Désolée pour l’absence soutenue de nouvelles, je rattrape mon retard de communication bientôt. Il pleut toute cette semaine à Paris. Je vais bosser. Je vais rêver au Montenegro, aux calanques et au Hampshire. Que Dieu vous garde, mes enfants, et bonne rentrée à tous !

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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 10:22

Girls. Les meufs. Les filles, les femmes, les copines, les amies. Celles que tu appelles quand tu as besoin de relâcher la pression. Celles que tu textotes cinquante fois par jour. Celles que tu retrouves toujours avec plaisir et un grand sourire. Je me félicite tous les jours d’être si bien entourée.

Les filles en one on one, autour d’un verre en terrasse, d’un MacDo, au bout du téléphone. Parler de tout, de rien. De sujets légers – de garçons, de sexe, de collègues, de gens qu’on connaît, comme les épisodes successifs d’un bon feuilleton. Aborder les sujets plus importants, plus graves. La famille, le couple, la carrière, l’avenir. Pouvoir tout se dire. Raconter le moment qui nous obsède en détails, sans rien omettre, et attendre l’avis bienveillant, le bon conseil rassurant. Juste pouvoir le sortir de notre tête en fait, juste pouvoir le confier à quelqu’un, le revivre avec lui. Un poids en moins. Savoir qu’il y a un autre dépositaire de ce moment peut-être insignifiant, peut-être crucial. Savoir que les instantanés de notre vie sont entre de bonnes mains.

Parler de rien, aussi. Du quotidien. Des petites embrouilles. Des contrariétés de tous les jours. Faire des blagues pour exorciser, pour penser à autre chose. Passer en une phrase du small talk à la considération philosophique. Faire une analyse au Starbucks et résoudre ses problèmes relationnels autour d’un MacFlurry. Se sentir proche de la personne en face, presque connectée physiquement, savourer tout ce qu’il y a d’intime dans les confidences sans trop de filtre, dans le moment présent. Etre en confiance. Rattraper le temps perdu, parfois. Résumer de longs mois de sa vie en quelques phrases. Aller à l’essentiel. Jusqu’à se retrouver toutes les deux au même endroit, accoudées à la même balustrade, le sourire aux lèvres, l’envie de se revoir bientôt.

Les filles en groupe. Les bandes de meufs, les retrouvailles du crew, les tablées de douze. Les potes de potes, les collègues, les sœurs ou les cousines, toutes sont bienvenues. Les voix qui portent, on parle fort, on se vanne dur, on rigole sans arrêt. On sent monter la joie de se revoir presque concrètement, comme un fluide qui grimpe le long de nos jambes, qui déborde de tous nos pores. On fait de grands gestes, on commande des verres, on emmerde le serveur, on dérange les autres gens sur les quais de Seine. On s’apostrophe, on balance par ci par là des informations factuelles sur notre vie, le boulot, les vacances, RAS, on fait un petit état des lieux pour le bénéfice de la troupe. Quand on a traité les menues contrariétés et les nouvelles infos, on peut passer aux sujets de fond, les marronniers de ce genre de réunion. Les mecs, bien sûr. Celles en couple sommées de statuer sur leur relation : tout va bien ? Next step ? Vacances en commun ? Rythme de revoyure ? Tout roule ? On valide, adjugé, on peut passer à la suivante. Les célibataires ou celles plus dans le flou en profitent pour se confronter à d’autres opinions, recueillir des avis, établir un panel. Soumettre une situation, un garçon, une décision, au vote des participantes, pouce en l’air, pouce en bas. Des sous-groupes se forment parfois, plus propices à la confidence. Dans ce genre de petites bulles, on avoue plus facilement les choses moins roses, la solitude, le doute, l’angoisse, la peur. On en parle à demi-mot, à mi-voix, comme quelque chose d’un peu embarrassant, un peu tabou. Mais de savoir qu’on n’est pas toute seule à ressentir ça, on se sent mieux. On se rassure. La force du groupe. La force des autres filles.

Elles sont si fortes les filles entre elles. Elles sont d’acier, de béton, de pierre. Elles n’ont peur de rien, elles avaleraient des montagnes, et toutes les couleuvres sur leur chemin. Elles savent par cœur les pièges sur leur route, elles reconnaissent d’instinct les situations foireuses. Elles sautent parfois à pieds joints dedans, sciemment, en l’avouant sans honte à leurs camarades. On a besoin de se tromper parfois. On a besoin d’aller au bout de son erreur. Pas de jugement. Les filles reconnaissent leurs propres limites, leurs points faibles, ce qui les fait craquer à tous les coups. Elles se connaissent par cœur. Du coup, elles ont l’impression de connaître les garçons par cœur aussi. A force d’en parler, de décortiquer, de démonter les mécanismes, ils finissent par beaucoup se ressembler, par paraître presque interchangeables. Elles tentent même de les ranger par catégorie, de leur attribuer une étiquette, pour y voir plus clair, pour se faciliter la vie. Enfin, ceux qui ne comptent pas, ceux qui ne font que passer. Les importants, ceux qui marquent, ce sont justement ceux qui échappent aux catégorisations hâtives, qui ne sont ni des briques, ni des connards, ni des flippés du couple, ni des trompeurs, ni des lâches. Ceux qu’on ne peut pas immédiatement affubler d’une tare, et qui du coup semblent presque trop beaux pour être vrais. Ceux qu’on finit par résumer pudiquement d’un « je l’aime bien ». Les autres se réjouissent, les autres applaudissent : ce n’est pas tous les jours qu’on aime bien un garçon.

Un garçon, ou une fille d’ailleurs. Plusieurs filles, plusieurs garçons. La liberté. La liberté de ne pas être jugée, de parler de sexe comme on veut, d’exprimer ce dont on a besoin, d’être sale, d’être crue, d’être honnête. De manifester un énervement partagé et non minimisé, rationnalisé, méprisé. D’être soutenue dans ses revendications, dans ses convictions. Une forme d’adhésion plus automatique qu’avec des garçons souvent, parce qu’il faut leur réexpliquer, leur faire prendre conscience que, leur faire enfiler un peu nos chaussures et marcher avec. Une forme de solidarité du genre, qui n’exclue pas toutes les autres solidarités bien sûr.

J’ai de la chance d’être entourée de tant de femmes remarquables. Entourée au sens large : les amies proches ou moins proches, celles que je vois une fois par an, celles que j’ai tous les jours au bout du texto, celles que je croise sur les réseaux sociaux, celles avec qui je travaille de près ou de loin. Il y a toujours quelque chose que j’admire chez elles. Je suis aussi entourée de garçons formidables que j’admire parfois tout autant. Mais aujourd’hui, j’avais envie de parler des femmes dans ma vie. Et de les remercier de me pousser autant en avant, parfois inconsciemment, parfois à leur insu. Who run my world ? Girls.

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 14:24

Mon dernier post laissait sans doute penser que j’étais à l’article de la mort, roulée en boule au fond de mon lit devant un pot de Ben&Jerrys au beurre de cacahouète. Eh bien pas du tout. J’étais au Salon de la Lingerie. Au milieu des mannequins canonissimes, des bonbons offerts par les marques anglaises et de la putain de pluie qui décidément ne cesse de s’abattre sur Paris, il y avait les futures collections du printemps/été prochain et j’ai envie de tout acheter. Petit scoop : la tendance c’est les pastels, le jaune pâle, le vert menthe, le rose poudré. Beaucoup de dentelle noire. Dans les couleurs vives, corail ou vert d’eau très vif. Bref, ça va envoyer du pâté.

Mais tout de même, il y a une continuité entre mon dernier article et celui-ci. J’aimerais aujourd’hui partager avec vous une théorie, voire un mode de vie, qui m’a été inspiré de mes récentes rencontres et du comportement d’individus plus ou moins proches qui m’entourent. J’ai nommé, la tactique de la brique.

 

Devenir une brique, c’est mon objectif. A l’heure d’aujourd’hui, je suis plutôt de la famille roue. C’est-à-dire que je suis quelqu’un de pragmatique, force de proposition, dans le concret, qui se projette. Le pire, c’est qu’être une roue, c’est-à-dire quelqu’un qui avance, m’est d’une grande utilité dans ma vie professionnelle et privée. C’est ce qui fait que j’organise de chouettes vacances à l’avance, que j’ai réussi à monter ma boîte et que j’arrive à peu près (grosso modo) à garder contact avec plein de gens que j’aime. Mais j’ai remarqué que dans les relations sentimentales, ça ne sert strictement à rien d’être une roue. Roue = loser. Ceux qui s’en sortent le mieux, sans dommages mais avec intérêt, ce sont les briques.

Qu’est ce qui caractérise une brique, me direz-vous ? Tout simplement la force d’inertie. La brique est là, immuable, et cela suffit. La brique n’a pas de jambes, de roues ou de moteur à réaction : quel intérêt aurait-elle à se mouvoir ? Elle est là, plantée sur son muret ou au milieu d’un champ, et elle ne compte pas en bouger d’un iota. Elle va plutôt attendre que vous, la roue, vous veniez à elle, sur votre petit pneu en caoutchouc. Pendant ce temps, la brique continue de se chauffer au soleil et ne prend absolument aucun risque.

 

Quelques signes qui vous permettront de reconnaître que la personne que vous datez – ou vous-même en fait – est une brique :

- La brique ne propose jamais de vous voir. Elle ne communique jamais de date concrète ni n’essaie de fixer un soir dans la semaine. La brique n’entreprend aucune démarche, par définition. Elle ne fait rien, elle attend que vous proposiez, vous organisiez. Comme ça, elle se garde le luxe de pouvoir refuser la date suggérée si ça l’arrange moyen. Mais attention, même si elle refuse, elle ne proposera pas une autre date. Bah non, c’est une brique, donc elle oppose un « non » ferme sans se préoccuper d’entrer en mouvement.

- La brique peut se montrer très sentimentale par texto, par Skype etc. Elle peut vous assurer qu’elle vous kiffe, elle peut vous répéter qu’elle a hâte de vous voir, voire elle peut discourir sur le charme discret de vos fesses pendant de longs sextos. Logiquement, en bonne roue que vous êtes, vous attendez donc une proposition d’entrevue, une date de rendez-vous, une occasion de baiser, enfin quelque chose. Mais c’est bien mal connaître la brique : pour elle, évoquer une envie (de baiser ou de se voir) ne se traduit pas en action concrète. Exprimer cette envie, c’est déjà pas mal. Le passage à du pragmatique, c’est pas pour aujourd’hui.

- En parlant de pragmatique, la brique a justement du mal à comprendre la définition de ce mot. C’est pas faute de l’expliquer pourtant : vous pointez par exemple le fait que vos deux emplois du temps respectifs soient surchargés, ou que vous ne vivez pas au même endroit géographiquement… Bref, qu’il y a quelques contraintes d’ordre pratique à l’épanouissement complet de votre relation. Mais ça, la brique ne l’entend pas. Elle a toute confiance en sa force d’inertie et se dit que tout va finir par s’arranger. Oui oui, elle croit dur comme fer que sans essayer un minimum de trouver une soirée de libre en commun ou juste de discuter de comment se rejoindre entre Paris et Buenos Aires, vous allez quand même finir par vous voir un de ces quatre. Par l’intervention de la Fée du Pragmatisme, peut-être, qui sauve les âmes dépourvues de cette intéressante qualité. Du coup, les basses servitudes de la vie pratique telles que l’agenda ou les billets d’avion restent ignorées de la brique, qui de toute façon, on le répète, n’envisage même pas d’avoir à se déplacer à un moment.

- Dans la même veine que le fait de vous voir n’implique pas forcément de trouver une date, le fait de développer des sentiments pour vous n’implique pas forcément d’œuvrer à être auprès de vous, dans tous les sens du terme. Géographiquement d’abord, on l’a dit. Il semble par exemple difficile au commun des mortels de continuer à être en couple avec quelqu’un qui au bout d’un an de relation n’est pas prêt à essayer de réduire la distance de onze mille kilomètres qui vous sépare. Et pourtant, la brique ne voit pas le problème là-dedans. Idem, rien que le fait de se dire « en couple » peut effrayer la brique, même si c’est au bout de dix plombes de baisage et de dimanche soirs devant la télé.

Bon en gros, quel intérêt y a-t-il à dater une brique ? Aucun. Mais par contre, c’est génial d’en être une. Votre camarade roue vient spontanément suggérer des dates, des trucs à faire, des moments où se voir. Quand vous n’avez pas envie, vous dîtes non sans élaborer, et si la roue en face l’a un peu mauvaise, vous la rassurez en disant que oui, vous avez envie de la voir. Il vous est juste impossible de lui dire quand. Et surtout, vous ne vous prenez pas la tête. Vous n’êtes jamais la proie au doute. Vous êtes simplement confiant en la force d’inertie, en votre masse statique, qui finira bien par attirer les bonnes choses et les bons moments, d’une manière ou d’une autre. Vous êtes tel le Bouddha, mais en parpaing.

J’ai entrepris ma transmutation de roue en brique, dans l’espoir de mettre un terme à mes questionnements sentimentaux psychotiques, provoqués par d’autres briques et parpaings. L’autre solution aurait été de rencontrer une autre roue, et nous aurions pu filer de concert sur les petits chemins de campagne, la jante au vent. Mais j’ai rarement rencontré d’autres roues chez le sexe opposé, et ceux que j’ai rencontrés sont devenus des amis ou un peu plus, mais jamais un partenaire de VTT.

A noter que je n’ai jamais été une ventouse, c’est-à-dire quelqu’un de trop vite attaché, trop vite impliqué, trop étouffant. Non, je fus durant les 27 premières années de ma vie une roue de vélo qui va tout droit et qui se mange parfois de grosses ornières. A présent, il est temps de devenir un bon gros bloc de ciment immobile et d’attendre que les roues qui se baladent quelque part dans la nature viennent me rendre visite d’elles-mêmes.

Souhaitez-moi bonne chance. C’est pas gagné.

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 20:00

Parce que j’imagine que la peine doit sortir d’une façon ou d’une autre. Je m’enjoins à rester calme, à la patience, à la sérénité. Je respire par le ventre et je fixe l’horizon pour essayer de ne pas y penser. Parfois j’ai la nausée, une envie de vomir soudaine et inexpliquée qui me fait comme un coup à l’estomac. Je suis malade. Je suis malade de l’angoisse liée à toi, plus exactement.

Toi tu es la dernière personne entrée dans ma vie, la dernière d’une liste qui s’allonge au gré de mes coucheries et de mes rencontres. Tu es en bout de file mais je pressens que d’autres suivront, que la liste ne s’arrêtera pas là. Quand sait-on qu’elle s’arrête, d’ailleurs ? Celui qui va conclure l’histoire arrive-t-il avec un petit panneau « last », te prévient-il avec un grand sourire « Au fait, je suis le dernier, pas la peine d’attendre quelqu’un d’autre » ? En attendant cet hypothétique bon dernier, je guette les signes, j’essaie de pressentir que tu es au moins là pour un moment. Sans grand succès.

Je t’ai rencontré et pendant qu’on se parlait tous les deux, pendant que plus tard on s’embrassait, pendant qu’on faisait l’amour ma tête était vide et je ne me posais aucune question. C’était le bonheur, quoi. J’étais uniquement dans le moment présent et je touchais enfin le zen du doigt. Et puis il a fallu qu’on se sépare, inévitablement, qu’on quitte le lit, qu’on quitte nos bras mutuels, qu’on aille bosser ou dormir ou faire autre chose, et les questionnements ont commencé à réapparaître. Progressivement, d’ailleurs, avec des hauts et des bas qui font croire un instant qu’on est au-dessus de tout ça, qu’on a dépassé ce stade. Mais non, passé quelques jours ou quelques heures selon les gens, ils sont à nouveau là à plein temps, les doutes et les anxiétés et le mal au creux du ventre.

A présent je sais négocier avec les angoisses sentimentales. Je m’adresse à elles dans ma tête en essayant de les contrôler à coup de raison et de logique. Non, ça ne sert à rien de renvoyer un texto, s’il veut répondre il le fera. Il y a tout un tas d’explications rationnelles à son silence numérique. Et d’ailleurs, même s’il ne répond pas, ce n’est pas grave du tout, parce que petit a), petit b) et tout le tralala. Je tente de mettre les questions sous cloche, de les isoler du reste de ma personne et de ne pas me laisser contaminer. En quarantaine, les choses de l’amour. Je me dis que si quelque chose de positif arrive, je soulèverai la cloche comme un maître d’hôtel guindé et je me ferai une surprise magnifique à moi-même. J’ai toujours aimé les surprises.

En attendant je vis en évitant soigneusement ce pré carré, en faisant de grands détours mentaux pour l’éviter. Je ris, je vois des amis, je bosse. Je vis comme d’habitude, mais un peu moins fort. Non, en fait, pareil que d’habitude. C’est juste que pendant quelques instants volés, j’ai vécu un peu plus fort, alors tout semble légèrement terne en comparaison. Il y a eu une parenthèse où les textes des chansons d’amour s’adressaient à moi, où le pronom « nous » pouvait être utilisé, où il devenait à nouveau important d’avoir des capotes dans le sac, d’être épilée, d’avoir une culotte sans trous ou les cheveux propres un mardi. Il y a eu quelques moments de grâce où j’ai entraperçu un avenir paisible et excitant à la fois, fait de balades main dans la main, de siestes crapuleuses du dimanche et de vacances en amoureux.

Et puis maintenant, il y a à nouveau rien.

Il y a bien sûr toutes les autres choses qui composent ma vie, tous ces gens qui comptent pour moi, tous ces projets divers et variés, des perspectives réjouissantes et de belles soirées. Mais ça me fait rétrospectivement mal de me rendre compte que je suis plus heureuse avec quelqu’un dans ma vie. J’aimerais tellement n’avoir besoin de personne, jamais. Rencontrer quelqu’un qui me plaît ne me remplirait que d’une joie sourde et d’une douce chaleur, et sa disparition éventuelle ne me causerait qu’un léger chagrin mesuré et passager.

Au lieu de quoi, ce temps qui passe sans nouvelles et sans réponses me perturbe profondément. Je me dis que je suis à l’orée d’une nouvelle déception, à quelques centimètres d’un nouveau mur à percuter. J’ai un sentiment de gâchis, de culpabilité diffuse, de grande tristesse. Je suis à fleur de peau, je me demande si je n’ai pas un problème, j’ai l’impression que je ne tomberais jamais amoureuse et réciproquement, je me dis que c’est ma faute, que je suis trop exigeante, pas assez détachée, que je me pose trop de questions. Je n’aurais pas dû coucher avec lui aussi vite. Je n’aurais pas dû autant le faire attendre. Je n’aurais pas dû faire cette blague – et pourquoi avoir prononcé cette phrase ? Et ce putain de dernier texto sans réponse qui me hante, ce point d’interrogation au bout qui attend en vain, qui ne voit toujours rien venir. Je me remémore mes échecs passés en essayant de comprendre où j’ai foiré. J’essaie de me dire que ce n’était pas fait pour se faire et qu’il y en aura d’autres, qu’il y en aura un autre, un dernier sur ma liste, quelque chose qui compte en tous cas. Mais évidemment, ces moment-là me laissent un bleu sur la peau, une marque indélébile plus ou moins profonde qui s’agglutine aux autres qui pèsent déjà lourd. Et plus tu avances dans la vie, plus tu es marquée par ces douleurs passées, cette tristesse intense des longues périodes de solitude, ces balafres multiples des histoires avortées. Ce n’est que plus dur après de se relancer dans quelque chose, de croire à des débuts sans penser à des fins, de rester ouvert tout en sachant qu’on va avoir mal, de chercher à ne pas faire souffrir tout en souffrant soi-même.

Je n’attends donc plus, je crois que j’ai fini par comprendre pour cette fois. Je comprends que cet embranchement de ma vie sentimentale était une voie sans issue, et qu’il faut reprendre la route. Remettre son sac sur son dos, épousseter son pantalon, ajuster ses lunettes de soleil et repartir bon train dans le désert saharien, jusqu’à la prochaine oasis. Qui sait, on tombera peut-être même sur une ville. Je crois qu'ily en a assez des mirages.

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 13:24

Il y a quelques jours, une jeune femme que je connais a publié un Tumblr sur le harcèlement de rue. Le principe est simple : un portrait photo d’une femme et à côté, écrit sur fond noir, son expérience personnelle du harcèlement de rue. Je vous propose d’aller y jeter un œil ici même si vous le souhaitez.

L’initiative a été relayée par le Nouvels Obs, l’Express, et j’en passe. Et elle a aussi été commentée sur un forum bien connu consacré à l’origine aux jeux vidéo, mais qui s’est malheureusement illustré avec le temps comme cloaque de l’internet français, mais sans le charme de 4chan. L’un des participants a lancé un fil de discussion sur ce Tumblr. Il m’a semblé intéressant de jeter un œil à quelques réactions, choisies parmi les 19 pages de commentaires. A noter que j’ai masqué les pseudos, mais que tous les commentateurs ci-dessous sont masculins. Ce florilège permet un vrai tour d’horizon du féminisme 101 (et conduit aussi à des facepalm répétés, attention).

-> Bon je sais pas comment insérer les images dans ce nouveau Overblog donc elles sont bien rangées dans l'ordre à la fin de l'article - désolée pour le scrollage avant/arrière intempestif.

Image 1: Un homme ne subit pas le harcèlement de rue. Une femme (ou un homme) t’a-t-il déjà mis la main aux fesses dans le métro ? En outre, pourquoi un homme aurait-il plus les moyens de se défendre qu’une femme ?

C’est vrai que personnellement, quand je subis une agression ou du harcèlement, ma première réaction c’est de glousser Mais c’est pas grave, je suis une femme hihi. Et ensuite j’oublie aussitôt ce qui s’est passé, le traumatisme, le dégoût, la culpabilité de ne pas avoir réagi ou d’avoir mal réagi, le sentiment de violence et d’exposition. Ma confiance en moi, l’idée que j’ai de mon corps, du monde qui m’entoure n’est évidemment pas affectée. Bah oui, j’ai un cerveau de moineau incapable de ce genre d’émotions/de réflexions, je suis une femme hihihi.

Image 2: Le fameux discours misogyne qui consiste à mettre en avant une supposée « misère sexuelle » masculine hétéro que ne connaîtraient pas les femmes. En effet, les femmes seraient toujours sollicitées pour du sexe (a minima), peu importe leur apparence physique. Oui, il y aura toujours un mec qui aura suffisamment la dalle pour se taper un thon, comme dit plus haut dans ce même forum. Alors que pour un homme considéré comme moche, point de salut, les femmes sont des créatures sans pitié incapables de voir au-delà des apparences. C’est donc tout naturellement qu’il ne lui reste que deux choix : abstinence ou recours à la prostitution. Tout ça à cause des femmes, ces salopes.

Image 3: Ahlala, les femmes quand même. Si on peut plus rigoler. Un mec qui te demande combien tu prends pour qu’il utilise ton corps sexuellement, alors que tu es juste en short dans ton véhicule de travail. C’est tellement drôle, l’humour misogyne.

Image 4: Il faut savoir que, quand tu t’emploies à dénoncer UNE discrimination, il te sera illico reproché de ne pas les dénoncer TOUTES. Et apparemment ça invalide ta première dénonciation.

A noter qu’un mec sortirait à poil, tout ce qu’il récolterait ne serait que des regards interloqués. Ma main au feu qu’aucune femme ne tenterait de lui tripoter les couilles dans le métro ou ne lui jetterait un regard salace. Bizarrement, même en jean baskets, ça arrive quand même aux femmes, ces attention whores.

Image 5: C’est bien connu, une femme crie direct au viol quand on lui dit bonjour dans la rue. Et d’ailleurs, dire bonjour rentre dans le cadre du harcèlement de rue, si si, je vous jure. Mais pas du tout. Si le souci c’était des mecs qui te disent bonjour quand tu marches sur le trottoir, puis qui te foutent la paix, la vie serait plus simple. Un mec qui te dit Hé sale pute, tu suces ?, on a le droit de répondre quelque chose ou c’est faire sa féministe hystérique ?

Image 6: Un homme vient expliquer à une femme qu’elle rêve complètement et que le harcèlement de rue n’arrive pratiquement jamais. La preuve, lui, homme, n’en a pas connaissance, alors c’est bien la preuve que ce sont des élucubrations féministes. Même quand la femme explique qu’elle l’a déjà subie à plusieurs reprises, l’homme refuse de prêter attention à ces sornettes. Mansplaining bonjour.

Image 7: Encore un qui confond sexualité et agression. Le responsable en cas de harcèlement, de viol, ou de toute forme d’agression, ce n’est jamais la victime, fût-elle en minijupe toute seule à trois heures du mat. Ce n’est jamais les médias, la société, le dernier clip de Rihanna ou l’industrie du porno. C’est toujours, sans exception, l’agresseur ou le harceleur.

Image 8: Mais pourquoi chercher des cas précis pour contrer un discours généraliste ? On s’en branle si ta copine ne s’est jamais fait harcelée, agressée ou violée. On est ravis, mais on s’en fout. C’est comme le discours de dire Mais moi, je ne suis pas un harceleur, je veux dire, tous les hommes ne sont pas comme ça. Breaking news : on sait. On n’est pas en train de parler de ceux qui ne harcèlent pas, ni de celles qui ne subissent pas. Merci de ne pas bâillonner ou minimiser la parole de ceux qui ont quelque chose à dire sur le sujet.

Image 9: C'est vrai qu'être une femme aujourd'hui, c'est tranquillou. Je ne dis pas qu'être un homme est forcément plus simple. Mais si on regarde les chiffres sur les femmes battues, les inégalités de l'accès à l'emploi, les mères célibataires et tous les trucs relous qui arrivent aux femmes (et parfois aux hommes aussi), bah on se dit que c'est loin d'être un long fleuve tranquille.

Image 10: Mais bien sûr, une femme ne s'habille qu'en fonction de l'hypothétique regard mâle (et apparemment forcément sexuel) qui se posera sur elle plus tard dans la journée. Elle ne s'habille jamais pour elle, en fonction du style qu'elle aime, des inspirations culturelles qui lui plaisent, de sa morphologie, de la météo, de son travail... Ou de son bon vouloir, tout simplement. Et même si elle choissisait de porter une culotte et pas grand chose d'autre pour sortir, tout un chacun est prié de tenir ses hormones sous contrôle et d'apprendre à maîtriser ses petites pulsions comme un grand.

Image 11: Oui, ce sont des femmes. Les femmes, ce sont des êtres humains grands, petits, minces, gros, bruns, blonds, avec des petits seins, des gros seins, des hanches larges, des plaquettes de chocolat, des mollets épais, des poils aux jambes ou sous les bras, de l'autobronzant, des faux seins, un smoky eye ou pas de maquillage. Bref, la femme, cet être multiple.

Image 12: Quel dommage, c'était justement leur rêve dans la vie.

 

Get back the streets
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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 19:31

Parfois, quand tu es célibataire, tu as la chance de croiser par hasard la route d’un ou d’une autre célibataire de ton espèce (par hasard, j’entends « Adopte un mec »). Tu le charmes, il t’écrit, elle te fait rire, il te séduit. C’est l’heure du premier rendez-vous, des bières blanches autour d’une table en bois, une bonne discussion jusqu’à pas d’heure, une envie de se revoir partagée.

Ça, c’est dans le cas de figure où ce premier rendez-vous ne finit pas directement dans un lit. Je ne crois absolument pas à ces préceptes bien connus des meufs hétéros, qui conseillent de le faire attendre avant de coucher, sinon il te prend pour une assoiffée de sexe qui veut juste s’envoyer en l’air. Et apparemment, ça ne l’attire pas plus que ça, alors que personnellement j’aime cette description. Mais bref. Je me dis toujours que je fais ce dont j’ai envie, et que maintenant que j’approche l’âge canonique de trente ans, si le mec en face en est encore à se dire que je passe trop vite à l’horizontale, c’est un imbécile et puis c’est tout.

Mais je me suis rendue compte récemment que la première baise, dans une histoire (plus ou moins courte), a quand même une conséquence importante : elle oblige à réfléchir à la relation en question. Avant la baise, on boit des verres, on se galoche dans tous les coins de Paris, on flirte à tout va. Après la baise, quand on est de retour chacun chez soi et qu’on débriefe avec ses potes, l’éternelle question arrive : Mais du coup, vous êtes ensemble ? Tu as envie de la revoir ? C’est juste un plan cul ou bien ? Ou bien je sais pas. C’était chouette, mais je ne sais pas si je veux plus. Je ne sais pas si lui veut plus. Peut-être qu’il voulait juste coucher comme ça pour voir. Peut-être qu’il veut m’épouser ? Comme il n’y a aucun moyen d’avoir la réponse à cette question, il serait plus sage de tout simplement arrêter de se la poser. Mais ce serait beaucoup trop simple.

Après la première baise, voire après le premier rendez-vous pour les plus psychopathes d’entre nous (et je m’inclue dans le lot), c’est le temps des doutes permanents. C’est le temps où toute rationalité quitte ta vie et où tu entres dans un univers parallèle où tous les éléments conspirent avec ou contre toi. Si le bus est à l’heure, il va m’envoyer un texto dans la demi-heure. Si je mets mon portable en mode avion, il y aura forcément un texto de lui en le réactivant. Oui, c’est idiot, et oui, ça tourne principalement autour des SMS, instrument de torture moderne et source d’une grave obsession. Un message d’une personne désirée, c’est toujours plus qu’un message. C’est d’abord un message lu ou non lu. Utilisateurs d’Iphone, je vous en supplie : désactivez l’option « affichage de l’avis de distribution ». C’est vraiment cruel pour votre interlocuteur. C’est ce genre de petit détail qui vous conduit à l’insomnie de deux heures du matin, en mode Je sais qu’il a lu mon message il y a plus de huit heures. Pourquoi il ne répond pas, bordel ? Quelle pourrait être une raison valable pour ne pas répondre ? Peut-être qu’il est mort ?

Ou alors, tout aussi tordu et inquiétant : Il n’a pas encore lu mon message, or ça fait plusieurs heures que je le lui ai envoyé. Pourquoi il ne l’a pas lu ? Peut-être qu’il est occupé ? Ou alors il fait exprès de ne pas l’ouvrir parce qu’il a lu la description sur l’écran d’accueil et ne veut pas y répondre ? Ou alors il l’a effacé sans le lire.

Ensuite, même si le putain de texto finit par être lu, il y a la question du contenu. Les meilleurs textos sont clairement ceux qui fixent une date et une heure de revoyure pour faire un truc cool ensemble, du genre Hé, ça te dirait d’aller manger des sushis vendredi soir ? Simple, efficace, dénué de sous-entendus et surtout concret : parfait. Sinon, il y a aussi l’option petit texto mignon du genre Je pense à toi, ou J’ai pas envie de me lever, je préfèrerais passer la journée au lit avec toi. Bon, ce sont des exemples, on peut improviser. Par contre, les pires textos sont ceux qui sont sujets à l’interprétation. Ceux qui ne veulent pas dire grand-chose, ceux qui sont un peu mystérieux, et donc généralement courts. Tu te casses la tête à trouver la blague du siècle ou un truc à raconter, et ton interlocuteur se fend d’un smiley ou d’un morceau de phrase pas engageant. Là, forcément, tu comprends que la conversation virtuelle est terminée. Mais toi tu avais encore plein de choses à dire ! Et aussi, pourquoi souhaite-elle interrompre cette conversation, d’abord ? Peut-être qu’elle te juge complètement inintéressante. Peut-être qu’elle vient d’avoir une épiphanie et qu’elle s’est rendue compte que tu n’étais qu’un gros boulet qu’elle n’avait aucune envie de revoir. Peut-être qu’elle est simplement occupée ?

Peut-être qu’il est simplement occupé. Le nombre de fois où tu t’es répété cette phrase dans l’attente d’un signe de vie de l’être désiré. Tu envoies ton texto en respectant la règle tacite suivante : Mets autant de temps à répondre que l’autre en a mis à le faire. Bon, certes, si tout le monde la suit à la lettre, la relation virtuelle restera toujours figée au rythme de départ, mettons +2heures. Mais c’est pour donner un ordre d’idée. Donc il t’a écrit il y a quelques heures, tu te dis que tu vas répondre, après tout il est dix-huit heures, c’est un bon moment pour écrire 18 heures non ? Tu rédiges avec soin ta mini-bafouille et paf, tu appuies sur Envoyer.

Et là, l’enfer commence.

18h30 : Ok, tout espoir de réponse instantanée et donc de petite conversation légère à bâtons rompus est abandonné, on rentre officiellement dans une phase d’attente pure et dure.

19h : Ça fait une heure, rien de grave, au moins le texto est distribué, il doit être occupé.

19h30 : Nope, toujours pas de réponse. Oh, il doit être en train de dîner. On verra bien.

20h : Toujours rien. Restons zen ! Il est peut-être à son cours de poney, ou bien coincé au boulot. Bon, c’est sûr que ça prend deux secondes d’envoyer un petit texto, mais il doit avoir l’esprit ailleurs.

20h30 : On quitte la période de +2h30 qui est celle où l’anxiété est sous contrôle, pour atteindre le stade de l’anxiété modérée. Il est quand même relou à ne pas répondre. Peut-être que mon dernier texto était nul ? Attends, je le relis pour voir. Et je relis les quatre/cinq précédents dans la conversation pour être sûre que ça s’enchaîne bien. C’est ce que je pensais, il est parfait ce texto. Il doit simplement être occupé.

21h : Toujours rien. J’essaie d’oublier en me noyant dans l’alcool mondain.

22h : J’ai sciemment laissé mon téléphone au fond de mon sac pour m’empêcher d’y penser. En le repêchant d’un air faussement discret, j’ai la certitude au fond de moi qu’il m’aura répondu. Mais non. Ecran noir. Ça devient vraiment relou.

22h30 : On est entré dans la phase d'anxiété très aïgue. Non mais quel gros con. Mais pour qui il se prend ? Quand il finira par me répondre, je vais mettre vingt-quatre heures à donner signe de vie, ça lui apprendra, à cet enculé.

23h : Putain, j’en étais sûre. Il ne veut plus me voir. Il a changé d’avis. Il a bien réfléchi et en fait je ne l’intéresse pas plus que ça, il s’en fout de moi, c’était juste comme ça etc. Non mais c’est pas vrai. Tous les mêmes, sérieux. Ça me rappelle ce mec qui ne m’avait jamais rappelée alors qu’on avait fait le marché ensemble le dimanche matin. Bon Dieu mais si vous voulez juste du cul, dîtes-le quoi, qu’on soit tous sur la même longueur d’onde. Parce que là je ne supporte pas les signaux pas clairs.

23h30 : Fuck, je l’emmerde profondément. Ce n’est pas ça qui va m’empêcher de dormir. Je bascule en mode avion pour la nuit.

Minuit : Je rallume super vite fait juste pour voir s’il n’a pas répondu ; il n’a pas répondu. Je vais encore mettre deux heures à m’en remettre pour me rendormir. Re-mode avion sinon je suis trop dans l’attente.

Huit heures du matin : Je me lève, je réenclenche le mode avion directement, et… Pas de message. J’en étais sûre. Cette fois, c’est officiel, ce mec s’en fout, encore une histoire pourrie.

Onze heures du matin : Il a répondu ! Il a répondu ! Il a répondu !

18h : Je finis par répondre.

Et ça recommence…

Pour éviter tout ce cirque, je milite pour des bonnes pratiques du texto dans un début de relation sentimentale:

- Désactiver cette option d’avis de distribution (on ne préfère pas savoir, comme ça s’il ne répond pas, on peut penser qu’il ne l’a simplement pas lu).

- Entretenir de temps à autre de petites conversations virtuelles spontanées et pleines de répartie (même si c’est nul, même si c’est à propos de la météo, c’est quand même sympa)

- Glisser occasionnellement un petit mot gentil ou une référence au fait qu’on a hâte de se revoir.

- Idéalement, ne pas attendre plus de trois jours pour re-proposer une date de rendez-vous. Et non, « en fin de semaine » ne constitue pas une date assez précise.

- Le petit « bonne nuit » qui va bien, ça fait toujours plaisir.

Sur ce, je vais boire IRL, pour calmer mes angoisses numériques !

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 17:26

Hello les gens ! Long time no see. Fut un temps, j’écrivais toutes les semaines, parfois même tous les jours. Aujourd’hui, c’est tous les mois. C’est ça, la vie d’entrepreneur. Mais je promets que le post sera long, pour donner toutes les nouvelles.

Point météo, cruciale pour la commerçante que je suis : le début du mois de Mai était merdique. Là on dirait qu’on va vers le beau. C’est une bonne nouvelle ; mes maillots ne vont pas se vendre tous seuls. Je passe pas mal de temps à disséquer les nuages avec ma voisine d’en face, qui tient la boutique de déco. L’infirmer/pompier/star de blog à son insu passe parfois nous dire bonjour. On le voit moins en ce moment, il est papa depuis peu (pour la troisième fois). Jeudi, sa femme a appelé ma voisine, en pleurs : impossible de savoir où il était, il n’était pas rentré la veille, elle n’arrivait pas à le joindre donc elle a fini par appeler à son cabinet d’infirmier. C’est une femme qui a répondu. Apparemment, c’est l’une des (nombreuses et parfois imaginaires) ex du pompier volontaire. L’animal n’a pas une once de scrupules et redoute déjà son déménagement dans le Sud car il ne pourra plus rendre visite à ses péripatéticiennes préférées. Chacun ses problèmes.

Sinon, ça fait un mois et demi que ma stagiaire est arrivée. Stagiaire a 21 ans – bordel, ça ne nous rajeunit pas. Au départ, je pensais m’organiser pour qu’elle bosse de chez elle, mais après réflexion, j’ai préféré l’installer dans la boutique. Ceux qui sont déjà venus doivent se demander où j’ai trouvé la place de caser une stagiaire au milieu des culottes. Réponse : dans mon dos. Elle occupe un espace anciennement plein de bordel, d’enveloppes pour les colis clients et de cintres cassés, que j’ai libéré à grand peine avec l’aide de mon amie Nudi (toujours avoir des amis plus organisés que soi). Là, j’ai planqué une petite table et une petite chaise pliante, avec un petit pot à crayon et une petite lampe. C’est comme dans Boucle d’Or, la nouvelle histoire préférée du Neveu : moi je suis Papa Ours avec sa grande table, sa grande chaise et sa grande gueule, et elle c’est Bébé Ours avec que des choses toutes petites, dixit Neveu. Généralement, les gens ne la voient même pas quand ils rentrent et ils sont tout surpris quand elle leur dit bonjour. C’est une stagiaire invisible.

Il y a Stagiaire, il y a à peu près du beau temps, il y a quelques clients. Non mais le niveau des clients dernièrement. De quoi faire quinze Clients de la semaine. Tiens d’ailleurs je vais en faire un. Sinon, il y a une vie en dehors de la boutique. Il y a une vie dans la musique, avec l’enregistrement de notre deux-titres, à moi et mon groupe de rock fm, dixit le mec du studio. Ca veut dire qu’on fait du rock de gentil, qu’on a de bonnes têtes. C’est sûr qu’on n’est pas prêts pour le Hellfest. Par contre, nos deux morceaux sont prêts et sortiront courant Juin. On a hâte de vous faire écouter.

Ces deux jours en studio m’ont laissé une impression mitigée. C’était deux jours presque magiques car hors du temps : on passait la journée à l’intérieur, on ne sortait que pour des pauses clopes ou pour le déjeuner. On ne voyait pas le temps qu’il faisait, l’heure qui avançait. On parlait beats, riffs, back vocals en permanence. Le mec du studio a été guitariste pro pendant quinze ans et on l’écoutait tous d’un air béat. Mon bassiste lui a demandé où il a acheté ses chaussures et mon batteur lui a demandé où il a fait faire son tatouage. Non, je ne lui ai pas demandé où il aime bien faire l’amour d’habitude, vu qu’il est marié et heureux de l’être. Mais nous avons tous noué un beau début d’amitié, et faire de la musique et seulement de la musique pendant deux jours, c’était une expérience assez incroyable.

Alors évidemment, quand il a fallu retourner au taf le mardi matin, c’était un peu difficile. J’écoutais le résultat de notre travail avec mes écouteurs dans le bus et j’en avais la gorge nouée. Le mec du studio a aussi bossé chez Peugeot en marketing avant de tout plaquer et de monter son studio, qui tourne depuis dix ans. Peut-être qu’en vrai, on peut finir par vivre de sa passion ? Peut-être qu’il y a des alternatives à ces boulots qui nous assomment ? C’est à quel moment, déjà, qu’on s’est trompé d’embranchement ? Et puis le quotidien a repris son cours et j’arrive à écouter les morceaux sans verser une larme. L’émotion s’est transformée en un excellent souvenir, et on a hâte de remettre ça.

En dehors des vibes et des culottes, tout roule. Je suis à nouveau tatie au fait, depuis une grosse semaine. Cette fois, c’est une charmante Nièce, qui est donc Taureau (aucune idée de ce que cela signifie). Elle est née sans trop de problèmes et porte mon prénom en troisième prénom (je suis toute fière). Le week-end dernier, mes parents étaient donc là pour célébrer la naissance de l’enfant et pour voir le premier du nom, c’est-à-dire Neveu. Neveu aura 3 ans en Septembre ; il commence donc enfin à prononcer mon prénom correctement. On a joué au garage de voitures et au dragon (il a adoré son nouveau déguisement). Il n’est plus trop dans une phase totues ou animaux marins. En ce moment, il aime bien les voitures, la circulation routière. Peut-être un futur gendarme ? Je lui ai dessiné tout un enchevêtrement de routes, de passages piétons et de croisements sur plusieurs feuilles collées ensemble (trop forte, Tatie). Il ne joue plus qu’à ça. Quand il prend le virage à toute blinde, il lance à la petite voiture de flics postée en embuscade : Je roule tout doucement la police ! Un bon citoyen en devenir.

D’un point de vue plus personnel, j’ai encore collecté ou vécu quelques histoires des plus instructives, dont j’ai extrait ces maximes pleines de sagesse :

Ne jamais coucher avec un garçon avant d’avoir procédé à du flirt poussé au précédent rendez-vous. Cela permet de toucher à travers les vêtements et d’avoir une idée de la taille de l’engin en érection. Ceci est un conseil de ma voisine de droite (qui bosse à l’agence immobilière). Personnellement, je ne pense pas que la taille fasse tout (bonjour le sexe oral par exemple), mais pourquoi pas.

Ne pas laisser son ex répondre quand sa femme appelle (celle-là, elle vient du pompier qui a le feu aux fesses).

Ne pas se sentir obligé de voir sa tendre moitié trop souvent. C’est vrai, avec les vies que l’on mène de nos jours, entre le boulot, les potes, le sport, les loisirs, les moments à soi, on ne sait limite pas comment libérer du temps pour voir son mec/sa meuf. C’est ce que me disait récemment une copine, qui culpabilise vaguement de ne voir son copain qu’une à deux fois par semaine (grand max). Moi je ne vois pas le problème, de toutes façons il n’y a pas de règles : si les deux sont heureux comme ça, on n’est pas obligé d’être fusionnels.

Si un mec apparaît dans la profile pic d’une fille, ne pas en déduire automatiquement qu’ils sont en couple. Ça peut être sa sœur (true story).

En tant que mec, ne pas pratiquer de branlette espagnole spontanée sans avoir demandé l’autorisation de la propriétaire des seins (ou sans qu’elle l’ait elle-même proposé). On (les filles) ne vous met pas des doigts sans prévenir, n’est-ce pas ? Ben pareil.

Toujours prévoir une gaine quand on est en shooting photo. J’ai découvert ceci hier, à l’occasion d’un coup de main filée à deux amies qui ont leur propre marque de fringues. L’un de leurs mannequins s’est désistée au dernier moment et comme j’avais à peu près les mêmes mensurations, je l’ai remplacée au pied levé. J’ai eu confirmation que je ne suis vraiment pas faite pour être mannequin. Déjà, je n’ai aucun équilibre : même rester debout sur des talons sans bouger était parfois compliqué pour moi. Deuxièmement, je ne suis pas capable de faire plusieurs choses en même temps : sourire un peu, ouvrir grand les yeux, rentrer le ventre, cambrer le dos, avoir un regard autre que bovin, garder ce putain d’équilibre, faire quelque chose de naturel avec mes mains. Troisièmement, j’ai honteusement commencé à flirter avec l’assistant photographe, ce qui est assez peu professionnel, vous en conviendrez. Par contre, bosser dans la lingerie, ça m’a ôté toute pudeur : j’ai donc pu me changer dans les portes cochères en deux temps trois mouvements. Et non, ce n’était pas pour flasher l’assistant photo.

Et sinon, ma diète de porno se passe extrêmement bien. Il y a environ un mois et demi, j’ai lu l’excellent livre de Gail Dines, une essayiste américaine pas encore traduite en français. Son bouquin s’appelle Pornland : How Porn has hijacked our sexuality, c’est-à-dire Pornland, comment le porno a piraté notre sexualité. La théorie que défend Gail Dines dans ce livre, c’est que, comme toute sexualité est culturelle, la consommation plus ou moins massive de porno l’influence forcément. C’est évident que la sexualité est culturelle : elle se nourrit des normes sociales en vigueur, des œuvres culturelles que l’on consomme, de notre histoire propre, de la publicité, de notre éducation… Depuis une quinzaine années, en fait depuis l’Internet grand public, on assiste à une démocratisation énorme de la consommation de porno. Il n’est pas rare de rencontrer quelqu’un qui regarde du porno quasi-quotidiennement (moi, par exemple. Ou un certain nombre de mes potes). Aujourd’hui, le porno est un support à la masturbation, souvent quotidienne. On allume l’ordinateur, en deux clics on tombe sur la niche qui nous excite, on se fait plaisir et on passe à autre chose.

Du coup, il n’y a pas vraiment d’autre média ou d’autre culture (dans le sens où le porno est une culture, car il a ses codes, ses valeurs et son imagerie propre) à laquelle nous sommes aussi fréquemment exposés. Et, encore plus intéressant, c’est une culture à laquelle nous choisissons de nous exposer (pas comme la publicité qui peut être subie). Là, c’est nous qui allons sur tel site et qui cliquons de notre plein gré. Tout comme Gail Dines, je n’ai absolument rien contre le porno, en tant que support masturbatoire ou nid à fantasmes. Je ne suis ni prude, ni rétrograde. Là où le porno actuel me dérange, c’est en tant que culture. Il est façonné de façon de plus en plus uniforme et montre des choses qui me dérangent de plus en plus. J’en ai déjà parlé ici donc je vais la faire courte (notamment pour ne pas perdre mon lectorat de non-consommateurs) : dégradation systématique de la femme, pratiques de plus en plus extrêmes pour la femme, aucune originalité, répétitions sans fin des mêmes procédés narratifs et filmographiques qui finissent par constituer un modus operandi du sexe tel que montré dans le porno hétéro (la meuf montre ses seins un petit peu, le mec la tripote un peu partout, fellation de plus en plus hardcore, un cunni de deux secondes, une pénétration en trois positions différentes, un peu d’anal pour finir, éjaculation faciale et gros plan sur la fille qui fixe la caméra en se léchant les babines. Pardon pour les images mentales, ce sera le seul moment graphique. Et j’en profite pour glisser que je m’abstiendrai de parler du porno gay car je ne le connais pas assez).

Alors bien sûr, on peut trouver des vidéos aujourd’hui qui sortent de ces sentiers battus, et heureusement. Il y a tout un tas de niches, de diversités de pratiques etc. Mais ce n’est pas le cœur du porno consommé aujourd’hui. L’auteur l’explique très bien dans le livre : ce qui cartonne, ce sont les scènes gonzo (hardcore) telles que décrites ci-dessus, et la veine teenager, avec des filles qui jouent à paraître mineures. Et même quand on est un peu plus habitué et qu’on cherche des choses différentes à se mettre sous la dent, comme c’est mon cas, on finit surtout par tomber sur des pratiques extrêmes, car c’est une surenchère perpétuelle. Apparemment, le phénomène porte un nom : la désensibilisation. Comme on ne ressent plus l’excitation initiale en regardant une scène « basique », on cherche à pousser plus loin en termes de pratiques pour garder le même rush. C’est comme la drogue, en fait.

Mais tout de même, on est bien d’accord que le porno, ce n’est pas la vraie vie. Je suis la première à le dire, notamment quand j’explique que je regarde des choses que je ne pratique pas du tout dans ma vie privée. Mais en y réfléchissant, je ne suis pas sûre que tout soit aussi étanche. Gail Dines est en tous cas certaine qu’il y a des fuites et des transpositions de l’imaginaire dans la vie réelle. C’est impossible pour moi d’avoir un avis objectif sur mon propre cas, car il y a trop d’inconscient, trop de facteurs mêlés dans notre sexualité propre pour arriver à identifier avec précision nos influences. Mais voilà ce que je me suis dit : le sexe, au final, ça se passe au niveau du cerveau. Moi j’aime bien écrire. Je lis donc un maximum de choses différentes, des choses qui j’espère vont m’inspirer, vont me stimuler, vont me faire dire « wahou ». Des choses qui vont me retourner le cerveau et me donner envie d’écrire moi-même quelque chose. C’est un peu pareil pour le porno. J’ai envie que ma sexualité soit stimulée de plein de manières, qu’elle soit sans cesse enrichie, nourrie, étendue. Qu’elle soit foisonnante, unique, qu’elle ne se mette pas de limites. Et au final, la cantonner à la culture porno actuelle, c’est l’enfermer entre quatre murs, vue la diversité de l’offre proposée. De toutes façons, faire le raccourci culture sexuelle = culture porno, c’est se priver de tout un tas d’autres influences qui naissent dans notre imaginaire à partir d’une image, d’un film, d’un bouquin. Comme quand j’étais plus jeune et qu’un bout de scène ou une tournure de phrase me faisait fantasmer des heures. Bon, ok, j’ai peu d’espoir d’arriver à retrouver cet état d’innocence originelle, et je ne le souhaite pas forcément. Mais disons que j’ai envie d’échapper aux normes et j’ai envie de me construire ma propre sexualité, loin de toute influence de masse.

Concrètement, ça donne quoi ? Ça donne que je ne regarde plus de porno depuis un mois et demi. En vrai, j’en ai regardé trois ou quatre fois, mais pas plus, promis. Je passe du coup beaucoup plus de temps sur des sites où les membres publient des histoires de cul de leur cru. C’est encore une sexualité formatée dans une certaine mesure, puisqu’elle est conçue par quelqu’un d’autre et qu’elle reflète ses fantasmes à lui. Mais au moins, il y a une diversité de sujets, de traitements et même d’auteurs qui paraît plus stimulante. Je ne sais pas trop si ça change grand-chose ou si ce que je fais a un sens. Mais je me sens bien de le faire. Je redécouvre un peu les plaisirs simples de la sexualité, la bonne baise qui va bien sans chercher le gagging ou la fessée à tout prix (c’est une caricature). A la cool, quoi. Selon ses propres envies (qui peuvent également inclure gagging, fessée et tutti quanti bien sûr).

Bon bref. On a parlé de cul, c’est bon, le post peut s’achever là-dessus. Des nouvelles bientôt, et en attendant, merci d’animer le groupe FB pour ceux qui en font partie ! TTYL.

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Published by Nombre Premier - dans Ma life
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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 17:20

Le samedi du week-end de Pâques dans la boutique. Comment vous dire. Il n’y a personne. Mais alors personne de chez personne, pas un chat, there is no cat comme dit ma petite apprentie. Je suis telle Robinsonne abandonnée sur son île, mais avec Internet. Il pleut par intermittence. De temps en temps, un touriste perdu vient interrompre ma torpeur et repart sans rien acheter. Le temps file tel l’escargot malade. Je perds peu à peu toute volonté de vivre.

Dans ces moments-là, j’aime me réconforter en pensant au reste de ma vie trépidante qui va à cent à l’heure. Par exemple, là tout de suite je repense à cette semaine où je suis rentrée directement chez moi tous les soirs et où j’ai joué aux Sims jusqu’à minuit. Une vie de fou, une vie d’entrepreneur de haut vol. Ma famille virtuelle est au top, trois enfants, deux salaires, une terrasse en construction. Blottie dans ma couette, au creux de mon petit appart parisien, je vis une existence parallèle et ça suffit à mon bonheur.

Ou alors, je pense à ma vie sentimentale palpitante et passionnée, tous ces amantEs qui s’enchaînent sans se ressembler, tous ces serments brûlants au clair de lune et ces séparations déchirantes sous l’averse. C’est à peu près ça, dans les grandes lignes. Un vivier complètement vide, pas un ex à se mettre sous la dent, pas un crush à entretenir patiemment. Je suis alone avec un grand A, et le pire c’est que ça ne me dérange même pas. J’ai jeté l’éponge, comme on dit. En tous cas pour le moment. Et comme je suis en cure d’abstinence de porno (je vous en parle dans le prochain post), j’ai hâte de voir ce que cette double abstinence va provoquer chez moi.

Sinon, je me plais aussi à évoquer ma vie sociale de folie et ces fêtes sans fin où je brûle la chandelle par les deux bouts. Samedi dernier, j’ai fait une super soirée à la maison avec des amis. A deux heures du matin, les derniers invités sont partis et je suis allée gentiment me coucher. Le lendemain, on s’est retrouvés pour un brunch et on a joué au jeu des Post-it : on nous colle le nom de quelqu’un sur le front et on doit deviner qui on est en posant des questions à l’assistance. Un jeu presque métaphysique immortalisé dans le film Marie-Antoinette par Sofia Coppola. C’était cool jusqu’à ce que l’un d’entre nous récupère Jack Skellington comme avatar. Pour ceux qui ne le sauraient pas (c’est-à-dire 90% des gens), c’est le nom du personnage principal du film de Tim Burton, L’étrange Noël de Monsieur Jack. Le pauvre hère qui s’est fait coller ça sur le front a mis une heure et demie à trouver. Entre-temps, j’avais eu le temps d’être David Copperfield, Jules Vernes et un troisième larron dont j’ai oublié le nom.

En désespoir de cause, je me console en visualisant ma famille aimante qui est toujours là pour moi. Ce week-end, je descends voir les parents dans le Sud pour un aller/retour express. Hier, j’ai vu Neveu n°1 qui se remet doucement d’une angine. Il sent que Neveu n°2 est en approche (plus que trois semaines avant la mise-bas), donc il est nerveux telle la bête sauvage. Il est chiant, en clair. Mon frère l’a collé dans mes pattes dès que je suis arrivée et j’ai dû lui lire Boucle d’Or deux fois. C’était drôle parce qu’il fait la toute petite voix du tout petit ours, en prenant une voix de fausset, et puis il rigole comme un bossu. Il a adoré le T-shirt que je lui ai offert : un crocodile ! Sa nemesis ! Car le monde de Neveu n°1 est très manichéen : d’un côté, les gentils, c’est-à-dire les tortues, ou « totues ». Toute une famille de sympathiques reptiles (oui, j’ai vérifié, les tortues sont des reptiles) en plastique qu’il trimballe partout. Tout irait bien dans le monde parfait de Papa et Maman Totues et leurs rejetons s’il n’y avait pas le Mal, incarné par deux monstres : le Crocodile et le Serpent. Régulièrement, l’un comme l’autre vient latter la gueule des gentilles tortues en les tapant jusqu’à plus soif. Puis Neveu s’amuse à jouer Dieu et se fourre le méchant animal en plastique dans la bouche après lui avoir déclaré : Pas gentil, pas taper totues. Il n’y a pas de hasard, les premiers seront les derniers, aime ta totue comme toi-même.

Bref, quand je fais un bilan de fin d’après-midi dans ma petite boutique, quand il bruine dehors, que je réalise que j’ai pas une thune, pas de mec, pas de stagiaire le samedi car c’est illégal, pas envie de sortir, pas installé les Sims sur mon PC pro, pas envie de faire ma compta, pas de lit de camp pour faire un somme, et encore deux heures à tenir, je me sens tout de suite mieux. Y’a pas à dire, les bilans, ça remonte le moral.

Bon week-end pascal à tout un chacun – see you soon pour un double post porno/introversion !

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 20:07

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 13:38

J’ai un problème avec le manque. J’essaie d’avoir toujours en double les choses importantes, au cas où elles cassent et où je n’arrive pas à gérer leur manque. J’ai un casque neuf à la maison pour le jour où l’actuel va me lâcher – affronter l’extérieur sans musique dans les oreilles, trop dur. J’ai deux anticernes, deux mascaras, quinze baumes à lèvres, un tube de shampoing, après-shampoing, gel douche d’avance. Deux pinces à épiler. Deux vibromasseurs. Pas mal de culottes et soutien-gorge en double. Deux fois la même robe noire à dentelle. Deux fois le même rouge à lèvres rose, mon préféré. Limite si je n’achète pas tout direct en double, juste au cas où.

Au cas où quoi au juste ? Au cas où la chose tant aimée ne fonctionne plus, soit cassée/déchirée/terminée ? C’est très prévoyant tout ça, c’est digne de quelqu’un qui gère une famille de six enfants, pas d’une célibataire vingtenaire. Les objets se cassent ou disparaissent tout le temps. C’est un peu le principe de la vie. Les choses sont éphémères, blabla. Même si je tombais en panne de shampoing ou de casque audio ce soir, je pourrais aller en acheter un demain en magasin ou sur Internet. Qu’est qui me terrifie tellement à l’idée de passer 24 heures sans un objet précis de mon quotidien ?

Il y a des ressorts dans mon cerveau que je ne comprends pas trop, que j’effleure seulement. Dit comme ça, posé rationnellement, ça paraît complètement absurde, comme comportement. Ça paraît parano, anxieux, psychorigide. La fille qui a trop peur de se laisser déborder par ses émotions et qui verrouille tout ce sur quoi elle peut exercer un contrôle : les objets. Qui essaie d’éviter toute source de contrariété, même petite, même gérable. Quelqu’un qui se méfie de lui-même.

Alors ma question d’aujourd’hui, cher psy virtuel, est très simple : comment pourrais-je jamais tomber sereinement amoureuse de quelqu’un, ou même m’attacher à lui ? Par sereinement, je n’entends pas plan-plan ou par défaut. Je veux dire sans crises d’angoisse la nuit, sans psychoter des heures sur un texto, sans bouffées de panique ou grand huit émotionnel. J'ai toujours essayé de développer des sentiments amoureux vis-à-vis d’amis, plutôt que vis-à-vis de totaux inconnus. Ça me rassure. Il n’y a pas la même pression, le même côté quitte ou double. Quelqu’un que tu rencontres directement dans un contexte de séduction, si ça ne fonctionne pas, si finalement l’un ou l’autre ne le sent pas, ou qu’il y un souci, tu ne le revois plus jamais. Du jour au lendemain, il peut ne plus répondre à tes textos, ne plus vouloir te voir, disparaître complètement de ta vie. C’est comme si ton casque était cassé et que tu ne pouvais pas en acheter un autre. Il faut juste attendre que le temps passe et que tu te déshabitues de cet objet si chouette au quotidien.

Ce sont les possibles évanouissements dans la nature des gens que je côtoie qui me paralysent. Il n’y a pas la même charge émotionnelle avec les amis; même dans des amitiés très fortes, il peut y avoir de longues périodes sans se voir, sans se donner de nouvelles. On sait que quand on va se retrouver face à face, ce sera comme avant. Mais il n’y a pas cette possibilité de respiration dans une nouvelle histoire qui commence. Il n’y a que tout ou rien. Soit vous vous voyez, soit vous avez prévu de vous voir bientôt, soit vous savourez le fait de vous être vus à l’instant. Il n’y a pas d’incertitude dans l’histoire installée, dans l’histoire qui se passe bien.

Dès qu’il y a un grain de sable dans la machine, par contre, c’est l’emballement. Si l’autre ne répond plus, reste flou, ne te propose pas une date à laquelle te revoir, c’est le début de la fin. Ca se trouve, le dernier texto que tu as envoyé, c’était le dernier jamais échangé. Ca se trouve, votre dernier baiser, un dimanche matin entre deux portes, c’était aussi le dernier. Peu importe, au final, à quel point tu es attaché à l’autre, à quel point tu as ou non des sentiments, même à quel point tu le connais bien. C’est la sensation de perdre le contrôle et d’avoir vu un fantôme qui est glaçante. Peut-être que tu as tout imaginé ? Peut-être qu’elle n’existait même pas, cette personne ? Peut-être que tu as inventé ces quelques rendez-vous, ces deux conversations autour d’un verre ?

Car les gens disparaissent. J’ose espérer qu’ils sont toujours de ce monde, qu’il ne leur arrive rien de grave. Mais en tous cas, ils disparaissent de ta vie. Du jour au lendemain, plus de nouvelles, c’est terminé. Tu te doutes bien que pour une raison ou pour un autre, l’autre n’était plus trop intéressé, plus trop sûr, plus trop motivé. Ça serait bien d’expliciter ces raisons, quand même. De la pure politesse. J’ai été rappelée à l’ordre une fois par un jeune homme que j’avais vu quelques fois, et qui s’étonnait que je fasse la morte comme ça. Si tu ne veux plus qu’on se voit, dis-le moi, c’est la moindre des choses. Effectivement, ça paraît plus sain. On coupe court à l’incertitude et à la sensation de flottement. Je pense encore à quelqu’un d’autre. Je n’ai pas l’impression que le courant passe spécialement entre nous. Je crois que je préfèrerais en rester là. Ça peut paraître cruel, mais je crois que c’est surtout la bonne chose à faire. Ça évite que l’autre en face se pose un millier de questions et garde un goût amer dans la bouche. Et surtout, ça évite qu’il redoute encore une disparition soudaine, un mystérieux tour de passe-passe. Ça rassure.

Du coup, comment éviter d’avoir mal quand les choses se cassent et qu’on ne peut pas les réparer ou en commander un nouvel exemplaire dans la minute ? Peut-être qu’il faudrait éviter de s’encombrer de toutes ces choses, d’abord. Peut-être les relations sentimentales ne sont-elles sources que d’angoisses, de questionnements, de doutes. Au début, du moins. Dans les phases où ce n’est pas encore clair que oui, vous formez un chouette couple, oui, vous avez le même niveau d’implication/de sentiments l’un l’autre, oui, il n’y en a pas un qui croit que c’est un plan cul et l’autre qui pense mariage. J’aimerais pouvoir faire avance rapide jusqu’à plus cinq ans, quand il n’y a plus de doute et juste de l’affection tranquille (et du sexe torride, mais c’est une autre histoire).

Mais en fait, les doutes ne partent jamais. Enfin c’est ce que je crois comprendre des relations qui m’entourent. Ils réapparaissent pour tout un tas de raisons propres à chaque couple, à différents stades de l’histoire. Parfois, même au bout de cinq, dix, trente ans, les doutes reviennent et bam, ton anticernes est vide et tu ne peux pas en racheter. Ça te rend d’autant plus dingue qu’en trente ans, tu t’étais un peu habituée à compter sur lui au jour le jour. Et là, tu dois réapprendre à faire sans lui.

J’imagine que c’est le principe même de l’amour, d’accepter de t’attacher à quelqu’un et de compter un peu sur lui, de différentes manières. C’est ça qui rend la relation si spéciale, le lien si fort. Quand les deux ont baissé la garde. Quand tu reconnais à l’autre la capacité de te faire du mal. Quand tu te confrontes à ton angoisse volontairement, juste pour le plaisir masochiste de te rapprocher d’une personne qui te rouera peut-être de coups un de ces quatre.

Le jeu de l'amour et du hasard, c’est un jeu où il y a tellement de perdants. Pas évident de se décider à y participer.

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