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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 22:18

Bon, je sais que l’article de dimanche soir était un peu lourd à digérer. Beaucoup de sentiments, de mélancolie, de feels comme disent les Anglais cools. Il est mardi et me revoilà avec un autre article. Je sais, je sais, vous vous demandez : « Mais Nombre Premier, serais-tu

a)malade

b)encore au boulot bien tard le soir

c)pleine d’une rare énergie créatrice qui te conduira sans hésiter à la rédaction de l’œuvre littéraire de la décennie ?

Eh bien ni l’un ni l’autre, mes braves. Il y avait aussi la réponse d), qui est « on s’en fout de ton rythme de publication et on s’en tamponne de ce blog », mais j’ai préféré ne pas la proposer.

Bref, comme je vous disais, je reposte aujourd’hui car je suis chez moi. Mon co-humain a récemment acheté Uncharted 4 (que voulez-vous, il est Ecossais et donc très pingre, il a attendu que le jeu soit en solde), et il y joue tous les soirs avec son meilleur ami Kyle qui vit au Canada. En ce moment même, il est avachi sur le canapé du salon, les yeux rivés sur l’écran, en train de chuchoter fiévreusement dans son micro-casque à propos de mecs à flinguer et de stratégie d’équipe à adopter. Je n’ai pas le cœur de le priver de son joujou et après tout, chacun ses loisirs. J’en profite donc pour me détendre et regarder Jane the Virgin tranquillement dans mon coin. Et pour bloguer, donc.

J’ai vu aujourd’hui quelque part sur les Internets qu’un mec a eu la bonne idée d’auto-publier un roman à propos d’HEC. Intention louable, surtout que « Le Camp » se présente comme une satire sociale féroce. J’ai téléchargé un extrait sur mon Kindle : le mec prend de la coke, organise une sorte de business de la prostitution (Kim Chapiron (La crème de la crème), sors de ce corps) et part dans bon nombre de délires politico-philosophiques que j’ai personnellement trouvés difficiles à suivre. Si quelqu’un a le courage de se taper l’ouvrage en entier (et a 8 euros à perdre), faîtes-moi signe !

Un jour il faudra vraiment qu’on parle (ou pas) des différentes manières de vivre son école de commerce, des 1% des élèves qui passent effectivement leur temps à partouzer sous coke, et du fait que c’est toujours ce un pour cent-là que l’on décrit au cinéma ou dans les bouquins. Quid des mecs qui rendaient toujours leurs travaux de groupe à temps ? Qui rentraient chez leurs parents tous les week-ends ? Quid du major de la promotion « Contrôle de gestion Audit », des élèves qui avaient remporté le jeu de simulation d’entreprise et de ceux qui venaient réellement en amphi de compta le jeudi matin ? Que sont-ils devenus, hein, je vous le demande ? Je suis sûre qu’ils sont très heureux.

Au boulot, c’est bientôt le mois de juillet, alias le mois de la consolidation semestrielle. Ô joie. Mes deux chefs, Grande Schtroumpf et Petite Schtroumpf, sont toutes les deux sur des charbons ardents. Leur chef à elle vient de partir en retraite anticipée et le nouveau est, disons, moins accommodant. Il a parfois même le culot de demander des justificatifs et des explications – un comble ! Comme me l’expliquait Grande Schtroumpf ce matin, « elle n’a pas l’habitude de travailler avec quelqu’un d’aussi pointilleux ». Bizarrement, pour un directeur financier, je dirai que c’est plutôt une qualité.

Je me fais donc agoniser d’insultes selon ses coups de sang et de stress, enfin tout est relatif évidemment. Récemment, j’ai eu droit à :

« Mais on dirait que tu n’as jamais fait de maths financières, c’est pas possible ! »

Bien vu. Même que je ne l’ai mis nulle part sur mon CV. Je peux même préciser ma note au partiel en cette matière : 0,5. Sur 20.

« Tu t’en fous en fait c’est ça ? » Alors que je venais de passer deux heures sur le fichier.

« Tu te rends compte du temps que je passe à essayer de comprendre tes calculs et du temps qu’on perd à échanger des mails… » Et moi alors, le temps que je passe à les faire ? Petite précision : elle est dans le bureau d’à côté mais préfère m’envoyer des mails le plus souvent.

« De toute façon, moi, j’ai jamais rien compris aux calculs actuariels ». C’est bien de l’avouer maintenant, après m’avoir pourrie pendant deux jours à ce sujet.

Bref, le management est nul, mais l’équipe est sympa. Je m’apprête à travailler tous les samedis de juillet et aussi le pont du quatorze (sinon c’est pas drôle), donc je prépare un stock de blagues pour la cantine. Collègue Inappropriée est devenue très copine avec moi : elle m’a raconté qu’elle fantasmait sur le prof de clarinette de sa fille et qu’elle avait écrit un roman sur l’entreprise qu’elle me ferait lire à l’occasion. Ça promet. J’ai aussi repéré un charmant jeune homme qui travaille dans la filiale allemande sur l’obscur sujet des retraitements du chiffre d’affaires. Il s’appelle Daniel et on a échangé deux mails en anglais. Sur sa profile pic, on dirait Zac Efron mélangé avec Leonardo Di Caprio dans Titanic. J’ai enregistré sa photo et je la regarde de temps à autre pour m’évader.

Il ne fait toujours pas très beau et j’espère qu’un jour on aura un semblant d’été. J’ai lu plein de chouettes romans ces derniers temps sur les conseils de Romanthé notamment. Je ferai un post courant juillet au cas où vous cherchez des idées de lecture pour la plage. J’ai des envies d’évasion, de soleil, d’aventures. Probablement à cause d’Uncharted 4, ou alors à cause de la lecture du Grand Marin, de Catherine Poulain, dans lequel ne figure pas vraiment de soleil mais beaucoup de liberté. Voler plus haut que les mouettes, comme elle dit. Voir Valpairaso et Messine et le Kilimandjaro. Faire le canard et laisser l’eau glisser autour de moi.

Je vous embrasse, depuis le fond de mon canapé. A bientôt pour toutes les aventures !

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 18:48

Il y a des moments merveilleux lorsque l’on tient un blog : quand un lecteur nous écrit un message qui nous touche et nous donne envie d’y répondre dans la seconde. J’ai reçu un message de ce type il y a quelques temps suite à mon dernier article et je me suis employée immédiatement à répondre, mais je me suis trouvée un peu bête, incapable de trouver les bons mots, de doser l’émotion. J’ai fini par laisser ce message au fond d’un tiroir numérique faute de réussir à élaborer une réponse satisfaisante.

Cette bouteille à la mer, la voici :

Plus largement, on fait comment pour acquérir du courage quand on n'en a pas ? Le courage, aujourd'hui, les gens voient ça comme aller squatter la place de la république à l'heure de la fermeture des mcdo, ou alors achètent du café équitable récolté avec les pieds par des orphelins aveugles dans les montagnes du machu pichu en parlant de courage intellectuel.

Moi, j'ai mes mecs sous mes ordres, ils ne font pas ce que je dis, et faut que je les engueule. Et j'aime pas ça. Avoir à faire preuve d'autorité, c'est du courage. Moi qui ai été élevé en tant que cadre qui n'encadre rien d'autre que son clavier et sa souris, à la sauce badge / métro / costume Brice, la réalité picote. Sauf que c'est la vraie vie, celle où il faut prendre l'ascendant, avoir de la bouche, commander, diriger, exiger. Finalement, c'est la même chose que ce dont tu parles dans l'article : il faut avoir le courage de dire les choses, de faire, de "raise the point". Mais à nouveau, comment fait-on si on n'en a pas assez en stock, du courage ?

Le courage. J’aimerais te dire qu’il y a une recette magique pour en obtenir et qu’ensuite on en a pour le restant de sa vie et pour toutes les difficultés qu’on va rencontrer. Qu’on peut constituer un stock de courage et puiser dedans à volonté. Qu’il est possible de se transformer en « personne courageuse » et qu’on sera toujours cette personne, sans jamais faillir ou sans connaître de passage à vide.

Je me considérais forte, je me trouve fragile souvent. J’ai démarré ma vie forte, je suis devenue si fragile à l’adolescence, presque transparente, et puis j’ai construit une carapace, des fortifications internes qui m’ont soutenue fidèlement pendant dix ans. L’an dernier, alors que je les pensais à l’épreuve de tout, ces dernières ont vacillé, et aujourd’hui je me retrouve plus à vif, plus écorchée qu’auparavant, mais plus solide tout de même qu’à dix-sept ans. Un pas en avant, un pas en arrière.

Il faudrait réussir à affronter chaque difficulté une par une, en se concentrant sur un défi ou un obstacle à la fois. Puiser du courage dans le fait de savoir qu’on essaie simplement d’être quelqu’un de bien, de faire du mieux qu’on peut : son travail, son rôle de chef, sa vie amoureuse, ses amitiés, son destin. On essaie si fort. On donne tout. Ça ne veut pas dire qu’on ne va pas se ramasser. Mais tout de même, on peut être fier d’être ici, impliqué, on ne lâche rien. On peut se féliciter, se dire qu’on n’est pas si nul, que regarde, on est toujours là.

Le courage pour moi vient du sentiment d’être au bon endroit, au bon moment. De faire la chose juste, de se montrer à la hauteur de l’instant T. Il est plus facile d’affronter les difficultés quand on se bat pour une cause, quand on a choisi une voie passionnante mais difficile, quand on se sent investi d’une mission, d’un projet. Comme quand on m’a dit que j’étais courageuse d’avoir été entrepreneuse pendant trois ans. Avec le recul, je l’ai certainement été. Mais c’était une forme particulière de courage, celle qui irradie à partir d’un choix de vie, de quelque chose que l’on a choisi. Il faut alors se dire qu’au moins on est là où l’on voulait être, même si on n’est plus sûr des raisons qui nous ont poussé ici. On suit un chemin, on trace une voie. On avance.

Encore plus terrible de trouver le courage de continuer quand on n’a pas eu voie au chapitre ou quand on se sent dépassé par les évènements. Quand on a l’impression que tout s’enchaîne, que l’on est au cœur du tourbillon. On voudrait dire pause, s’extraire de l’inexorable roue du temps pour réfléchir, pour infléchir sa course. Pourtant il faut se lever chaque matin. Il faut prendre le métro, faire les courses, préparer le dîner. Les jours sombres, on se retrouve assis seul sur le canapé, les yeux dans le vague, des idées confuses plein la tête, sans pouvoir se relever et entrevoir un bout d’horizon. Trouver du courage aujourd’hui, pas facile. Hors de sa petite vie, il existe tant de sources de désespoir ou d’inquiétude. Et dans sa propre vie, il y a tant de pression, d’objectifs, de validation, non-dits. Il faut ranger ton appart. Manger sainement. Recycler tes déchets. Repasser tes chemises. Nettoyer tes vitres. Penser à prendre ta pilule. Ne pas grignoter. Recharger ta carte de cantine. Finir ce travail urgent. Imprimer tes billets de train. Appeler ta mère. Voir ces amis que tu n’as pas vus depuis longtemps. Faire tourner une machine. Skyper avec cette amie à laquelle tu penses souvent. Payer ton loyer. Terminer ta thèse. Ranger ton placard à chaussures. Organiser tes vacances. Le positif et le négatif s’entremêlent jusqu’à former une masse unique de contraintes, de délais et de rappels mentaux.

Je n’ai pas le courage parfois. Je ne peux que rentrer chez moi le soir après le boulot, vidée, l’esprit encombré, embrouillé. Je n’arrive pas à aller boire une pinte, à prévoir un rendez-vous OKcupid, à passer un coup de téléphone que j’ai pourtant déjà trop repoussé. Le week-end, je dors, je range, je fais à manger. Je lis, je regarde des séries. Je vois des amis, un peu, je n’arrive pas à en faire trop, je ne suis pas assez détendue pour en profiter. Ça fait longtemps que j’ai un léger syndrome d’anxiété sociale, il se fait parfois oublier, et parfois il est plus présent que d’habitude. Je pense à tant de gens, je les porte dans mon cœur et j’espère qu’ils vont bien. Je m’en veux de ne pas réussir à être plus disponible, à ne pas les voir plus souvent, à ne pas plus faire partie de leur vie, même si je ne me pense évidemment pas indispensable. S’ils ont un souci, je voudrais leur dire que je serai là toujours, mais que dans le quotidien, dans l’amitié de tous les jours, je foire un peu, je ne suis pas celle que je souhaiterais.

Je n’ai pas le courage de rester positive, parfois. Je n’ai pas le courage de voir le bon côté des choses, de garder espoir, d’envisager l’avenir avec sérénité. Je n’ai pas la force de ne pas me laisser aller à l’aigreur, à l’amertume, à la déception et à la méfiance. La vie t’abîme, tu coules un peu. Il faut toujours remonter la garde, repartir au combat et faire face. Pense aux autres. Pense à tous les autres autour de toi, qui traversent le même type d’épreuves. Ceux qui ont l’air sûrs d’eux, qui font semblant. Ceux qui ne disent rien, qui évitent les regards, qui essaient de rester discrets. Les forts en gueule, les charmeurs, les grands taiseux, les planants. Ceux que tu admires, qui t’impressionnent. Ceux qui te font peur, qui t’indifférent, qui te fascinent, ceux dont tu te moques. Tous se posent les mêmes questions, tous cherchent désespérément le courage, à l’intérieur, auprès de ceux qu’ils aiment. Il n’est facile pour personne de vivre la vie qui leur a été donnée ou qu’ils essaient de construire – ils essaient, comme toi. Personne n’est parfait. Dis-toi que là, à l’instant présent, au lieu et à la place qui est à la tienne pour l’instant, il faut faire le job, jouer le jeu, continuer la partie. Tous, ils te soutiennent à leur manière, par leur existence même.

Et en dehors du moment présent, il faudrait arriver à se poser un peu comme un oiseau sur une branche pour penser à l’avenir. Pour envisager ce qu’il faudrait changer pour rendre la vie plus supportable. Pour quantifier sa marge de manœuvre, pour prendre son mal en patience, pour penser à des choses positives à venir pour donner du courage au présent. Au final, tu penses à des choses qui te font du bien, tu passes un dimanche au soleil, tu partages un bon repas avec des amis et tu as un regain d'énergie, tu vois la vie en rose et tu repars du bon pied bille en tête dans la vie.

Tu vois, je ne suis toujours pas satisfaite de ma réponse. Tout ce que je peux te dire, c’est ce que je pense à toi. Je pense à vous tous et à toutes ces formes différentes de courage. Pensons les uns aux autres, et en avant. Et s’il y en a un qui flanche, nous les autres, nous le soutiendrons.

Published by Nombre Premier - dans Considérations diverses
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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 18:16

Il y a des jours comme aujourd’hui où je m’ennuie et en fait, je me souviens brutalement que j’ai un blog, et donc je m’empresse d’ouvrir ma page blanche sous Word. C’est d’ailleurs la génèse de ce blog : l’ennui de bureau, ce désœuvrement sournois et revanchard, ce refus d’effectuer les tâches attendues et cette fierté toute puérile de glander plutôt que de bosser. Cette fenêtre de liberté qu’offre l’Internet au travail, pour s’échapper quelques instants de l’open space. Pour se rappeler qu’il y a un ailleurs, qu’il y a une vie en dehors du boulot. Et quelle vie, mes amis.

Du coup, j’ai à nouveau perfectionné ma routine de la glande au bureau, comme au bon vieux temps. Des blogs délassants, du genre les chroniques littéraires de Romanthé qui me donnent envie de me ruiner chez le libraire. Des blogs super bizarres qui me font planer à des milliers d’années-lumière au-dessus de la consolidation comptable, qui parlent du Macchu Pichu, des lignes de Nazca et des pyramides bosniaques, bref, qui me font rêver. Des sites d’actualité et mon bon vieux Twitter pour apprendre des choses, me cultiver sur l’histoire, la politique, la société. Tenter de comprendre. Snapchat avec des écouteurs pour écouter des blogueuses beauté me raconter leurs journées et filmer leurs chiens en train de japper, ou pour regarder les vidéos marrantes de mes quelques amis snapchatteurs (ajoutez-moi au fait : nombrepremier. On va se marrer).

J’ai assez de démarches administratives à effectuer pour occuper tous mes après-midis mais je préfère les étaler dans le temps pour faire durer le plaisir. Je pense aux vacances. Je surfe sur des sites d’immobilier à la recherche d’une grande ferme avec plusieurs bâtiments, dans un coin paumé et vallonné, pas trop loin d’une grande ville (une heure de voiture maximum) qui pourrait accueillir une communauté de personnes en mode kibboutz (oui, j’ai des projets d’avenir mes chers amis). Je pense aux amis d’ailleurs, je me demande comment vont leur vie, s’ils sont heureux. Je note mentalement de les appeler au plus vite, de renouer les liens qui parfois se distendent. J’aime beaucoup mes amis.

J’étais à un mariage ce week-end, sous le soleil éclatant du Nord (eh oui, les miracles arrivent). C’était un excellent moment. Je ne sais plus qui m’a expliqué à ce mariage que dans un couple, il y avait toujours un hérisson et un rhinocéros. Maintenant que j’y pense, je crois que c’était en fait ma collègue des normes comptables (un autre métier palpitant) qui tenait ces propos à la cantine, alors que la plupart des gens du service étaient remontés comptabiliser des choses et d’autres. Il restait autour de la table Stagiaire, qui est très intéressée par ces discussions de grande fille, Collègue Russe (qui n’avait pas l’air passionnée), Collègue Inappropriée (toujours fidèle à elle-même, elle a déclamé ce matin qu’elle s’en tapait du boulot et qu’elle attendait la révolution. Tout en partant chercher sa fille à l’école à 17 heures. Bien) et donc mes deux collègues du service Normes (pensée émue au beau gosse des normes du début de ce blog). Ce petit panel de femmes entre 22 et 45 ans commencèrent à discourir sur le couple, sur les secrets de sa longévité et de comment être heureux en ménage. Etant moi-même passée depuis peu du côté obscur, j’ai avidement écouté, au cas il y a une astuce pour gagner dix mille dollars d’un coup comme dans Sim City. Ma collègue inspirée s’est donc fendue d’un « De toutes façons, dans un couple, il y a toujours un hérisson et un rhinocéros ».

Nous l’avons pressée de s’expliquer : apparemment, lors d’une relation à deux (je précise pour les polyamoureux qui me lisent), il y a toujours un membre du couple qui provoque la discussion, qui aborde bille en tête les sujets qui fâchent et qui fonce dans le tas. L’autre préfère éviter l’affrontement, il préfère laisser couler et fermer les yeux quand ça l’arrange. D’où la métaphore animalière. Et tout un chacune de se positionner, dans sa relation présente ou celles passées, de chaque côté de la barrière.

Inutile de préciser que je suis un bon gros rhinocéros laineux et que mon charmant compagnon amateur de thé est un discret hérisson mignon qui gratouille les feuilles mortes au fond de la cour. Que se passe-t-il si on met deux rhinocéros ensemble ? Des étincelles ; ils s’affrontent à n’en plus finir lors d’épiques combats de boue (ou équivalent). Une relation passionnelle, dramatique, à la Taylor Swift dans Blank Space. Et deux hérissons ensemble, alors ? Il ne se passe rien. Personne ne dit les choses, alors le statu quo perdure. Les deux protagonistes se sentent plus ou moins dans cette relation mais aucun ne songerait à évoquer le sujet. La vie continue. On peut être heureux dans chacune des configurations, tant qu’elle nous convient.

Je vais peut-être aller fouiller le Net à la recherche des considérations les plus débiles sur les relations amoureuses pour pouvoir les partager (et les commenter) ici. Une autre tâche à ajouter à ma to-do déjà bien remplie. Suggestions bienvenues !

Published by Nombre Premier - dans Love etc
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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 10:23

Oui, bon, je sais, les articles ici sont plus espacés que les bons romans de Michel Houellebecq (depuis Extension du domaine de la lutte, ça remonte !) Mais ce coup-ci, j’ai une bonne excuse. Non, ce n’est pas des nuits blanches passées à Nuit Debout. C’est encore mieux : j’ai passé trois semaines à l’usine.

Mon employeur a eu il y a trois mois un éclair de génie qui a conduit à mon embauche et depuis, il m’offre toute une série de moments inoubliables. La journée d’accueil, tout d’abord, dont je vous avais déjà parlé sur ce blog. La « journée métiers », autre temps fort de mon intégration au sein du groupe. C’était il y a un mois et tout ce dont je me rappelle, c’est qu’on a mangé des sandwichs au curry à midi et qu’on a eu l’occasion de tester un produit de la société par groupe de quatre. Je suis tombée avec trois ingénieurs qui ne m’ont plus adressé la parole une fois qu’ils ont su que je travaillais en finance. Un mal pour un bien, peut-être.

Le summum de ce fabuleux parcours d’intégration, c’était bien sûr mon stage ouvrier en usine. Le groupe étant historiquement français et très fier (à raison) de sa tradition ouvrière, il envoie toutes ses jeunes recrues vivre pendant trois semaines la vie d’un ouvrier lambda, dans un mauvais remake de Vis ma vie. J’ai donc atterri dans le Nord, dans une splendide usine d’environ deux mille personnes aux alentours d’une riante petite bourgade paumée. Nous étions quatre à vivre ce stage en même temps (deux ingénieurs et une comptable). Pendant trois semaines, je me suis levée à quatre heures pour démarrer avec l’équipe du matin à 5h50, ou à l’inverse, j’ai travaillé de 13h30 à 21h20 avec l’équipe de l’après-midi. J’ai vissé des boulons, clipsé des poignées de porte, connecté des fils, vérifié que les vis étaient bien en place et qu’il n’y avait pas d’accroc sur la peinture. J’ai porté mon bleu de travail et mes chaussures de chantier, et je me suis habituée aux pauses de respectivement 8, 6 et 20 minutes sur une journée de travail de huit heures. J’ai rencontré des gens très sympa, drôles, parfois chaleureux, parfois agaçants, comme partout.

J’aimerais pouvoir dire que c’était une expérience merveilleuse, car ce ne serait que rendre justice aux gens avec qui j’ai travaillé, qui tiennent ce rythme infernal des années durant tout en s’occupant de leur famille. J’ai discuté avec un monsieur que tout le monde appelait Papi qui a cotisé pendant 42 ans à l’usine et qui s’apprêtait à prendre sa retraite. Il m’a dit qu’il était content de partir, car les méthodes de travail et l’ambiance avaient bien changé. J’ai parlé à un mec de dix ans mon aîné qui avait deux hernies discales du fait de ses huit ans passés à visser des trucs courbé en deux. J’ai rencontré Steve qui manipule de la tôle toute la journée et qui a été embauché en CDI avant d’être viré et rembauché comme intérimaire. La phrase qui est le plus revenue dans la bouche de tous les ouvriers que j’ai rencontrés, c’est « De toutes façons je n’ai pas le choix ». Ils sont coincés dans une région sans emploi, eux-mêmes n’ont pas de diplômes ou pas les bons, alors ils donnent leur corps au grand capital et s’usent la santé à produire des biens de consommation pour les autres. C’était une expérience douloureuse, mais que je considère avoir eu de la chance de vivre pour trois semaines.

Maintenant que toutes les étapes de mon embauche sont validées, me revoilà dans mon open space, à dix jours de la fin de ma période d’essai. Ma N+1 (aussi dans le bureau) vient de demander à deux collègues et à moi-même de nous taire car nous discutions en nous servant un café à la machine. Bonne ambiance du lundi matin. J’ai tout un tas de choses à faire que j’essaie de repousser mais qui malheureusement ne disparaissent pas de ma to-do list.

J’ai souvent l’impression d’évoluer dans un univers ubuesque, une sorte de conte d’entreprise où la réalité se distord, où les contours des choses deviennent flous et où le bon sens n’a plus court. Faire des choses de manière idiote parce qu’on nous l’a demandé. Se poser des questions idiotes, poser des questions idiotes à quelqu’un d’autre. Recevoir des mails dont on ne comprend pas un traître mot avec pourtant marqué « Urgent » dans l’objet. Travailler deux jours sur un sujet avant de réaliser que non pas une, mais deux autres personnes l’ont déjà traité dans les trois mois précédents. Découvrir des analyses erronées, des dossiers remontant à 2009, apprendre que deux personnes de l’équipe vont partir cette année, se faire enguirlander sans raison par une dame au téléphone car elle est de notoriété publique « difficile ». Ne rien dire. Faire. Essayer de ne pas trop se poser de questions. Se détacher de son travail, lentement mais sûrement. Non, ce pays n’est pas pour la jeune femme. Pour le vieil homme peut-être à la rigueur, pour végéter en paix et attendre la retraite. Nous verrons bien où ce chemin nous mène. J’y trouve mon compte en essayant de ne pas partir trop tard et en partant en vacances grâce à mon salaire. Advienne que pourra.

Hors du boulot, tout roule. Il a fait beau hier pour le premier Mai. La station Nation était pleine de gaz lacrymo qui fait tousser. Les oiseaux chantaient et je bronzais depuis mon lit. J’ai eu tout un tas de réponses négatives pour mon manuscrit, mais ce n’est pas grave, je le renvoie, j’en commence un autre. Je suis déterminée à profiter de Paris sous le soleil. Je ne sais pas toujours quoi faire de mes doutes, de mes révoltes, de mon malaise, je tâtonne encore. J’ai envie de reprendre la musique, de faire des balades. Vous connaissez le dicton : les gens heureux n’ont pas d’histoire. Par les temps qui courent, je crois que je peux me considérer plutôt heureuse, et surtout protégée. Alors j’ai moins envie de raconter mes petites histoires qui risquent de ne pas intéresser grand monde. Je dis ça et puis je vais avoir envie de raconter ma vie la semaine prochaine et je vais poster un nouvel article ventre à terre. Paradoxes, contradictions et légèreté : Nombre Premier se met à l’heure d’été.

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 17:03

Salut les copains ! Ça fait un bail. Oui, je sais, on s’en fout, vous aviez complètement oublié mon existence, et c’est bien compréhensible. Je pensais fort à ce blog de mon côté, mais les aléas de la clôture comptable ont eu raison de mes velléités littéraires en février. Enfin, pas exactement, puisque j’ai terminé un roman que je me suis empressée d’envoyer à une tripotée d’éditeurs. Attends, mon manuscrit qui s’éclaire façon Sacré Graal au milieu d’une pile de manuscrits semblables, le coup de fil de l’éditeur enthousiaste, la signature du contrat, les passages télé, les interviews, les « qu’est-ce que ça fait d’être la voix d’une génération ? », enfin le succès quoi ; et pourquoi pas moi ? Pour tout un tas de raisons, notamment pour mon usage intempestif des virgules en lieu des points, mais l’important n’est pas là. J’ai terminé ce roman, je l’ai posté, il me reviendra accompagné de lettres types de refus, mais au moins je serai allée au bout de ce projet personnel.

Côté vie privée, j’ai profité de Février pour organiser toutes sortes de joyeusetés. Deux enterrements de vie de jeune fille, déjà. Mais aussi mes allers et venues des mois qui viennent à Portsmouth, Londres, Achicourt, Villefranche sur Saône, un endroit encore secret, Beaune, et bien sûr l’incroyable ville de Maubeuge, dans laquelle j’ai l’honneur de passer trois semaines en Avril. Je dis bien trois semaines ! Je vais travailler dans une usine du groupe auquel j’appartiens depuis Janvier. Oui, le salarié appartient à un service, à un groupe, à une équipe. Il perd sa liberté et il devient la propriété exclusive du grand capital.

J’ai un peu peur quand même, pour ce passage en usine. Je vais travailler à la chaîne de 5h30 du matin à 13h30, ou bien de 13h30 à 21 heures, selon les semaines. C’est paraît-il pour qu’on comprenne bien le cœur de métier historique du groupe : la fabrication industrielle. Fantastique. J’aimerais bien aussi qu’on envoie les ouvriers et employés d’usine nouvellement embauchés passer trois semaines dans mon service, ou du moins au siège. Ils tomberaient des nues en voyant le niveau de productivité des équipes. La réunion de tout à l’heure, ma première réunion de service, en est un exemple criant.

Dans le calendrier de la petite vie de la consolidation, Mars est un mois propice aux entretiens d’objectifs annuels. En tête à tête avec ton manager, tu y définis tes sujets d’étude de l’année et quelques résolutions somme toute plutôt tenables (ne pas faire d’erreurs de calcul, par exemple). Puis le manager organise une réunion de service pour présenter à toute l’équipe la répartition des sujets. Comme tout le monde discute avec tout le monde en amont, chacun sait déjà qui fait quoi, mais ça fait toujours du bien de l’entendre. Nous voilà assis tous les dix dans une salle de réunion du troisième étage. La nouvelle Stagiaire est parmi nous. Elle a fait la même école de commerce que moi, sauf que moi c’était il y a six ans. Bon Dieu, plus qu’un an et j’ai trente ans. Anyway. Elle est sympa Stagiaire, même si elle parle un peu trop. Manager lui a demandé de se présenter et elle a réussi à caser qu’elle venait d’Alsace, qu’elle partait en échange universitaire en Asie l’an prochain et qu’elle avait un professeur de primaire qui appelait les élèves par leur nom de famille.

Après le déguoisage de vie de Stagiaire, Manager a entrepris de réciter la liste des sujets en précisant qui va faire quoi pour l’année qui vient. Petite parenthèse, quand j’ai raconté aux autres hier ce qui m’avait été attribué, ils se sont tous exclamés : « Quoi ? Mais tu vas jamais t’en sortir, c’est super long ! Et en plus c’est chiant. » Dire que ma motivation a connu des jours meilleurs est une litote du plus bel effet. Donc Manager liste tout un tas de thèmes abscons et à la fin, je me rends compte qu’une personne de l’équipe n’a en tout et pour tout qu’un seul sujet (à titre de comparaison, j’en ai 9, et c’est une moyenne). Comment se fait-il, me direz-vous, que certains ait du travail, voire trop de travail, et d’autres rien du tout ? Ce sont les miracles de la grande entreprise.

Le monsieur en question, que je surnomme l’Eléphant, est dans le service depuis dix ans. Il s’approche de la soixantaine et il finira probablement sa vie professionnelle à la consolidation. Il a déjà traité tous les sujets plusieurs fois ; dans une équipe où les gens restent en moyenne trois ans, il n’a plus rien à apprendre et sa valeur ajoutée n’est pas exponentielle. Il a atteint une parfaite maîtrise de son poste, et le temps supplémentaire qu’il y passe n’apporte rien à l’entreprise. Du coup, on lui enlève petit à petit tous ses sujets pour les donner aux jeunes, qui en veulent et qui ne protestent pas. L’Eléphant est bien planqué. Il part à dix-sept heures trente et il n’a aucun sujet à traiter en clôture (la période chargée tous les mois. Les contrôleurs de gestion qui me lisent sauront de quoi je parle (cette dernière phrase est vraiment extrêmement triste à écrire)). Bref. Dans un an, j’aurais les mêmes connaissances que l’Eléphant sur mes sujets, mais je serai toujours payée quarante mille euros de moins chaque année. Oui, vous avez bien lu. C’est merveilleux. Il est indéboulonnable, il ne sert plus à grand-chose mais l’entreprise continue de le chouchouter, comme on prend soin ou devrait prendre soin de ses grands-parents. L’entreprise, c’est vraiment une famille.

En dehors de l’Eléphant et de Stagiaire, tout mon petit monde va bien. J’ai fini par comprendre qu’il ne servait à rien de se lancer dans une discussion avec Collègue Inappropriée vu qu’elle a toujours raison (à propos de Facebook et de la NSA, des pesticides, du retour du service militaire obligatoire et de la culture japonaise, entre autres). J’ai passé l’après-midi à faire des copier/coller d’un doc Excel à un autre, car il faut « centraliser l’information dans un seul et même document pour toute l’équipe ». J’ai aussi eu des échanges de mails palpitants avec un dénommé Jean-Marc dont l’intitulé de poste me fait rêver : Responsable du Document de Référence. Le doc de réf, c’est ce truc épais comme un dictionnaire que publient les entreprises chaque année. Dedans, leurs résultats de l’année précédente, leurs stratégies des années à venir, et bien sûr les photos et biographies de tous les membres du Conseil d’Administration. Bref, une lecture tout à fait passionnante qui doit concerner peut-être 500 actionnaires et investisseurs financiers à travers la planète.

Toujours est-il qu’il faut bien que quelqu’un s’occupe de récupérer les textes de tout le monde, vérifier qu’on utilise bien la même police partout et que ça ressemble à peu près à quelque chose. C’est le métier de Jean-Marc. Seul petit détail : on commence en interne à travailler sur le document de référence au plus tôt mi-Décembre, et on le publie mi-Mars. Cela laisse donc neuf mois dans l’année à Jean-Marc pour ne rien faire. Sa mission se cantonne à publier un truc qui sort une fois par an, et d’après Collègue Inappropriée qui a une vraie obsession pour les salaires des autres, il est payé pas loin de cent mille euros pour le faire.

Heureusement, JM est sympa, alors comment lui en vouloir ? J’ai eu une longue discussion avec lui au téléphone, vu qu’au bout de cinq emails nous n’avions pas avancé d’un iota. Je vous soumets la problématique du jour : mon service (enfin ma chef, représentée par moi-même) souhaite griser certaines colonnes d’un tableau. Problème : le fond du tableau est DEJA gris (du fait de la charte graphique du groupe). JM m’a annoncé qu’il allait « brainstormer » avec l’agence car ils étaient « très créatifs » et ils « allaient sûrement trouver une solution ». J’ai donc attendu, prête à être éblouie par ces génies de la mise en page. J’ai ouvert la dernière mouture PDF envoyée en pièce jointe du mail, et là, éclair et fulgurance : les mecs ont simplement rendu certaines colonnes UN PEU PLUS grises. Elles étaient déjà grises, mais là elles le sont un chouïa plus (15%, comme le précise Jean-Marc). Incroyable. Je me demande où ils vont chercher tout ça. Et JM est fier de lui, le bougre.

Bon, je file, je retourne à mon Excel et à mon logiciel comptable. Le week-end prochain c’est mariage anglais : compte-rendu de beuverie en perspective ! Bonne semaine :)

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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 18:38

Arrêtez tout ! On a trouvé Nibiru. Mais si, Nibiru, du nom de la planète associée au dieu Marduk dans l’astrolologie babylonienne (merci Wikipedia). Dans les milieux complotistes, ceux qui croient pêle-même et de manière non exclusive aux chemtrails, au Nouvel Ordre Mondial et aux aliens, l’idée d’une « neuvième planète » (depuis que Pluton a été rétrogradée) revient très souvent dans leurs élucubrations. Nibiru, c’est cet astre mentionné dans un texte datant d’il y a un bon bout de temps (de Babylone donc) qui se trouverait aux confins du système solaire (après Pluton) et qui ne frôlerait la Terre qu’une fois tous les plusieurs milliers d’années du fait de son orbite particulièrement longue. Evidemment, chacun de ses passages en voisine provoquerait les dix plaies d’Egypte et pas loin de l’apocalypse totale (elle est comme ça Nibiru, elle rigole pas). Enfin, ça c’est dans le meilleur des cas, parce qu’il y a aussi des chances qu’elle percute la Terre et l’annihile purement et simplement. Personnellement, j’ai toujours eu très envie de croire à son existence vu que mon rêve le plus cher est d’avoir un jour la preuve formelle de l’existence d’extra-terrestres doués d’une intelligence supérieure (oui, on a les rêves que l’on peut). Mais n’étant pas démunie de tout sens commun, je me refusais jusqu’alors à envisager la possibilité qu’une planète géante inconnue tournicote autour de nous sans qu’on le sache (alors même que des Babyloniens d’il y a dix mille ans avant JC étaient déjà au courant de son existence).

Et là, cette semaine, le miracle : on a découvert Nibiru ! Enfin, la « neuvième planète », comme persistent à l’appeler des astronomes désespérément terre à terre. Elle existe, elle est là, elle se balade sur une orbite très longue de dix mille à vingt mille ans, c’est une géante gelée de dix fois la taille de la Terre et on ne l’a encore jamais vue (on connaît son existence « par déduction » en observant d’autres trucs). Vu le temps qu’elle met à tourner autour du Soleil, on ne risque pas de la voir avant un moment. Je trouve ça absolument fascinant. On découvre encore des trucs dix fois plus gros que la Terre dans notre système solaire ! Et le plus incroyable, c’est qu’on les connaissait il y a dix mille ans, mais on les redécouvre à nouveau.

L’Anglais ne comprend pas cet émerveillement. Il me dit « Je suis sûre que tu penses que c’est un coup des extraterrestres, que c’est grâce à eux que les Babyloniens connaissaient Nibiru. » Alors là bien sûr que je réponds oui ! Non mais, il y a dix mille ans, c’est la guerre de Troie, mais des mecs arrivent à te sortir une grosse planète de derrière les fagots ! L’Anglais pense que c’est parce qu’elle est passée tout près à ce moment-là et qu’elle était très visible. Mouais. Je préfère croire à l’intervention divine extraterrestre. Laissez-moi me bercer d’illusions.

Sinon c’est la fin de semaine au bureau ! Enfin presque, je bosse demain. Les collègues sont de plus en plus sympa, donc tout va bien. Il y a Collègue Japonais qui n’est pas japonais mais qui est marié à une Nippone, donc il parle couramment et il élève leurs enfants bilingues. On a parlé de fugu, le poisson-poison, à midi. Il y a Collègue Inappropriée qui porte bien son nom et qui est une tarée de la nourriture saine (du genre la Danette ça contient au moins quatre produits chimiques nocifs), donc autant vous dire qu’elle et moi nous entendons comme larrons en foire niveau habitudes alimentaires. Il y a Collègue Stressé qui fait du 7h30/21h et qui me fait craindre un burn-out imminent. Il y a Stagiaire-Glandu qui m’écrit des bêtises sur le Skype de l’entreprise. Et toujours Collègue-Copine avec qui je peux gossiper à la pause. Je commence à trouver mes marques quoi… J’ai toujours pas Internet à la maison alors j’en profite au bureau !

Ah, et avant que j’oublie : allez voir le blog de Romanthé: http://viederomanthe.blogspot.fr/

et celui de Loris: https://medium.com/@Lorisgrele

– ce sont mes lectures matinales et je vous les recommande chaudement (Romanthé a même une page FB ) !

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 15:16

Salut les copains. J’arrive pas à croire qu’on se retrouve là encore une fois. Vous, moi, la conso, l’open space et le blog. Remember 2011 quoi, le début de ce blog ! Ça me fait chaud au cœur en fait. Vous m’avez suivie dans mes tribulations au pays des culottes et de la start up. Me voilà de retour dans l’industrie et la grande entreprise. Depuis lundi, je suis officiellement à nouveau une travailleuse de bureau, qui part dès potron-minet se joindre à la foule des voyageurs encravatés. C’est presque surréaliste, mais en fait au bout de deux jours c’est comme si je travaillais déjà depuis cent vingt ans.

Lundi, c’était ma journée d’accueil. J’ai dû me traîner en fort lointaine banlieue parisienne pour être officiellement accueillie par ma nouvelle famille (qu’on ne choisit pas, comme tout un chacun le sait). J’ai marché un quart d’heure, j’ai pris le RER, j’ai pris un bus affrété par l’entreprise, j’ai à nouveau marché vingt minutes au milieu d’un technopole gigantesque qui m’a rappelé Roissy à quatre heures du matin. Il était huit heures et demi, le parking était immense, glacial, plongé dans la pénombre. J’ai marché et marché, tant et si bien qu’à la fin de la journée mon appli qui compte mon nombre de pas a dit que j’avais parcouru dix kilomètres (avec une cheville encore douloureuse suite à une entorse, mais tant pis). Au bout d’un périple bien glauque incluant un parking souterrain désert et du grillage partout, j’ai atteint l’accueil visiteurs, ravie. J’ai rejoint un groupe de quatre-vingt personnes, eux aussi nouveau arrivants. Dans le lot, je savais grâce à ma future chef qu’une collègue elle aussi nouvellement embauchée faisait partie du groupe. J’ai donc passé mes deux premières pauses à jouer à « Bonjour, est-ce que tu t’appelles Machin par hasard ? » Heureusement qu’il n’y avait qu’une fille pour cinq hommes, industrie oblige. J’ai fini par tomber sur Collègue Frange (oui, je suis toujours aussi douée pour trouver des surnoms). Elle était toute chou, jeune diplômée, premier poste, blouse à motifs rigolos et rouge à lèvres vif. Je l’ai officiellement adoptée comme Collègue Copine, du moins en attendant de rencontrer mieux (je sais, je suis cynique). Nous avons donc passé la journée côte à côte assises dans un amphi blindé où de joyeux drilles se sont succédés pour nous faire des présentations diverses et variées sur des thèmes palpitants. Au choix : L’histoire du groupe (qui met, cela va de soi, l’humain au cœur de chacune de ses décisions, et non la rentabilité économique). La RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise). La complémentaire santé obligatoire. L’éthique. Le comité d’entreprise. Le quizz (véridique). Et le mot de la fin, par la DRH.

Il y eut assez peu de moments drôles, à mon grand regret. J’ai bien aimé un mec venu nous parler de l’organisation du groupe qui s’entêtait à désigner par le mot « alliance » le pacte d’actionnaires entre cette société et une autre. Il n’arrêtait pas de prononcer des phrases du genre « Je fais partie de l’Alliance », « Je travaille maintenant pour l’Alliance », « Vous aussi, dans un deuxième temps, vous pourrez rejoindre l’Alliance. » Non merci, je préfère rester du côté de l’Empire. A midi, on a déjeuné sur le pouce de sandwiches dégueu et de financiers délicieux. Le soir, on a terminé vers dix-huit heures, et il m’a fallu deux heures pour rentrer chez moi, le même temps de trajet que le matin. Joie. Je retourne mardi prochain au technopole, j’ai une formation sur le logiciel comptable (lolz).

Et aujourd’hui, c’était officiellement mon premier jour ! Dans mon vrai bureau, avec mes vrais collègues. Je suis arrivée toute fringante à neuf heures pour tomber d’emblée sur la Grande Chef. Celle-ci me dit « Au fait, on t’a installée dans mon bureau, y’avait plus de place ailleurs ». Trop sympa, fallait pas. Je partage donc le bureau de la boss mais ce qui est chouette, c’est qu’elle est toujours par monts et par vaux pour parler à divers interlocuteurs et du coup je suis souvent seule, ce qui sied à ma nature d’ermite. Ensuite, on s’est attelé à régler tout un tas de problèmes du genre obtenir l’accès au logiciel comptable et au réseau, connecter mon téléphone, faire mon badge permanent… J’ai ainsi fait la connaissance de la charmante assistante de direction (c’est une remarque sarcastique). J’avais déjà expliqué que dans mon précédent poste, les assistantEs de direction étaient un peu les papas/mamans de tout l’étage. La charmante dame qui occupe ce poste ici est du genre belle-mère irascible qui te pince vicieusement quand tu as le dos tourné. Elle parle mal à tout le monde, et elle est en plus notoirement inefficace. Je n’invente pas : rien que depuis ce matin, deux personnes différentes m’ont dit de ne pas lui faire confiance. Apparemment, elle « a ses têtes » et il vaut mieux « être dans ses petits papiers ». Ça tombe bien, deux ans et demi de vente m’ont rodée à être sympa avec des gens super relou. Du coup, c’est ma nouvelle meilleure copine. Elle va même m’aider à refaire mon badge (qui me classifie comme consultante extérieure et qui du coup me facture quatre euros en plus à la cantine).

La cantine, parlons-en. Elle n’est pas terrible. J’ai déjeuné avec quatre collègues, tous entre trente et quarante ans. Ils étaient un peu étranges. L’une n’arrêtait pas de lancer des sujets pas très intéressants (le Petit Journal, l’affaire DSK, les vêtements pour bébé). L’autre avait un comportement complètement inapproprié (elle a réussi à faire une blague à propos de la possible bisexualité du PDG devant Grande Chef. Chapeau). Les deux autres ne disaient pas grand-chose. Il y a une paire de consultants qui travaillent dans le service jusqu’à fin janvier, ceux-là sont plutôt sympathiques. Il y a bien sûr toujours Collègue Copine (en contrat temporaire), mais on se voit assez peu et elle n’est même pas venue me chercher pour déjeuner. J’ai l’impression que Collègue Inappropriée est un peu en rade de potes, au point qu’elle est venue errer dans le bureau de Grande Chef (qui n’était pas là) en mangeant une banane et en me tapant la causette. Elle m’a informée à ce moment-là que tout le monde était descendu faire une pause à la machine à café (mais comme je suis enfermée dans un bureau à part, personne n’a pensé à venir me chercher. Ou alors personne ne m’aime). Je lui ai demandé pourquoi elle n’avait pas suivi le groupe, et elle m’a répondu « Moi, j’ai du mal avec le concept de pause en groupe. Moi je fais ma pause quand je veux ». Intéressant.

Cela dit, on trouve toujours des gens sympas partout (en cherchant bien). Je suis sûre de réussir à m’acclimater. Parfois, je lève la tête, je regarde par la fenêtre, et je me rappelle que je suis payée la même chose à la fin de la journée, même si j’ai glandé une demi-heure sur Twitter ou que j’ai traîné à la cantine. Et ça me fait chaud au cœur. En plus, samedi je déménage, je change d’appartement et je suis trop fatiguée par le faisage de cartons cette semaine pour m’émouvoir outre mesure de mon environnement. Le nouvel appartement est chouette, lumineux, plus grand car partagé, près de Nation et sans Internet jusqu’au 27 Janvier, ce qui est moyen chouette. J’ai bon espoir de convaincre l’Anglais (mon nouveau coloc amoureux) d’acheter enfin Fall Out 4 pour nous occuper, au lieu de prétexter une hypothétique correction des bugs et de dire qu’il a d’abord d’autres jeux à finir. Moi j’ai besoin de me distraire ! Au pire on fera une belote.

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 13:06

Hello world, long time no see. Le temps passe à une vitesse, c’est fou, j’en suis toujours la première surprise. Je ne sais même pas depuis combien de temps je n’ai pas écrit ici. Ah si, je sais, le week-end qui a suivi le 13 Novembre, sous le choc. Après le premier tour des régionales, le choc se confirme. Mais aujourd’hui je ne suis pas là pour parler de ça. Je suis là pour parler de moi (pour changer).

Pas vraiment de moi, enfin un peu, juste histoire de donner des nouvelles. J’ai enchaîné plusieurs articles assez déprimants sur les joies du chômage, et je suis ravie de pouvoir vous informer que ça y est, j’ai retrouvé le Graal, à savoir, un CDI. D’aucuns demanderont un CDI en quoi. J’ai le plaisir de vous répondre : en consolidation. Le retour aux sources de ce blog. Le logiciel comptable, les filiales, les saisies sous Excel, les auditeurs, et tutti quanti. Croyez-moi, j’ai beaucoup hésité avant d’accepter ce poste, d’autant plus que par un sens du timing tout à fait pourri, j’ai eu une autre offre au même moment, dans le secteur de la lingerie. Mais j’ai cédé aux sirènes du grand groupe français, du salaire agréable et des avantages CE, et surtout de la possibilité de faire autre chose sous trois ans. La conso a cela de merveilleux que même en entretien d’embauche pour ce poste-là, on te vend celui d’après, en te disant textuellement : « Bon, vous faîtes trois-quatre en conso, et après c’est ce que vous voulez, contrôle de gestion, audit interne, la fête à Dudule » (en finance d’entreprise tout de même).

Donc bon, à partir du 11 Janvier, je vais prendre la route de Boulogne tous les matins, retrouver mon ordi de bureau et mon open space, ma dizaine de collègues et ma cantine le midi. Je mentirais si je disais que ça ne me fait pas peur. D’un autre côté, il faut bien avoir un boulot, gagner des sous, reprendre un rythme de vie de travailleur plutôt que de chômeur. Alors je vais y aller. Et j’espère que tout se passera bien.

Cette semaine, j’avais aussi pour mission de trouver un appart, vu que celui dans lequel je suis actuellement va être mis à la vente. Coup de malchance, en revenant d’aller voter dimanche dernier, je me suis vautrée sur le trottoir sans aucune raison apparente, sauf que je me suis quand même fait une sacrée entorse. J’ai clopiné jusqu’à la route, appelé un taxi et me suis rendue aux urgences de l’hôpital Cochin. Là, l’infirmière, son assistance et le médecin se sont toutes foutues de ma gueule parce que j’avais pleuré de douleur (et d’angoisse à l’idée d’être clouée au lit pendant un mois) sur le chemin. Heureusement, il s’est avéré que c’est une entorse tout ce qu’il y a de plus banal, donc je suis bien affublée d’une attelle et de béquilles pour trois semaines, mais au moins c’est pas fracturé. Après trois heures aux urgences, je suis rentrée chez moi et j’ai commandé une pizza chez Domino’s, livrée à la maison. C’est allé mieux tout de suite.

Impossible donc (enfin, très relou) pour moi de faire des visites d’appart cette semaine. Mes charmants géniteurs ont donc rappliqué depuis leur Sud natal, direction la capitale et surtout le deux-pièces minuscule de leur chère fille. Mes parents et moi dans un petit espace clos, c’est la catastrophe, on s’engueule au bout de dix minutes. Ce séjour n’a pas fait exception à la règle. De temps en temps, ils sortaient pour faire une visite d’appart, se balader dans le quartier ou aller voir leurs petits-enfants et ça me faisait un peu d’air. Ils repartent demain matin et je suis joie. Bon, ils m’ont quand même rendu un fier service puisqu’on a trouvé un appart. Je vais donc habiter à partir de janvier juste à côté de Nation, dans le 20eme. Mon cher frère aîné n’a pas manqué de noter que ça me rapprochait dangereusement de mon neveu et ma nièce et qu’ils seront ravis de passer plus de temps avec leur tatie. Je le vois venir. Cela dit, c’est vrai qu’ils sont assez chou (si on oublie le fait que mon neveu a passé toute ma visite mercredi à taper sur mon attelle, même une fois que je lui ai expliqué que ça faisait mal).

Un appart, un boulot, dis donc, c’est que ça prend forme tout ça (enfin, en Janvier quoi). N’oublions pas l’autre protagoniste de cette histoire, j’ai nommé l’Anglais, qui va donc partager ce charmant deux-pièces près de Nation avec moi-même. Il est content (je crois). Il a peur (un peu) parce qu’il ne parle pas la langue. Il cherche du boulot (aussi). Ca va être chouette (j’espère).

En tous cas, j’ai hâte de pouvoir reprendre une vie sociale sereine, avec mon anxiété naturelle enfin un peu en veilleuse. J’ai passé de super soirées avec mes divers amis récemment et j’ai envie d’en passer plein d’autres avec tout le monde. On a fait une soirée gaming chez moi qui était chouette. Un resto japonais improvisé entre filles qui était cool. Une soirée d’anniversaire dans un bar de Vavin qui était réussie. Un afternoon tea avec une jeune maman dont je suis la témoin et sa toute petite fille dont je suis la marraine (grosse responsabilité envers cette famille). Justement, mes responsabilités de témoins de deux amies commencent enfin à se concrétiser. Il est temps d’organiser les fameux EVJF, enterrements de vie de jeune fille. Je ne parlerai d’aucun détail ici, les deux futures mariées me lisant (a priori). Sachez en tous cas que le monde merveilleux des ML de 20 personnes, des Doodle à répétition et des relances de participants s’ouvre enfin à moi. J’ai l’impression de manager une colonie de vacances. Heureusement, avec mes co-témoins, on va bientôt s’attaquer à la partie fun : le choix et l’organisation des activités !

Voilà voilà. La vie, elle continue, elle avance, moi aussi. Avec ou sans entorse. Les récents évènements continuent d’alimenter l’inquiétude et je continue à réfléchir et à choisir des engagements en 2016 histoire d’essayer d’agir à mon échelle. Bientôt, ce sont les fêtes de fin d’année et les fameuses bonnes résolutions. J’ai décidé depuis quelques années de ne plus en prendre, mais je vais peut-être faire une exception cette année. Je vous embrasse tous fort – stay safe et bon courage. A la prochaine !

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 11:18

Le 13 Novembre c’était avant-hier. Tout mon soutien et mes pensées aux victimes, à la famille des victimes, aux témoins de l’horreur, aux gens qui se sentent touchés au plus profond d’eux-mêmes. J’ai vécu cette nuit depuis chez moi, depuis mon Twitter, BFM TV dans mon salon, mon téléphone pour avoir des nouvelles de mes proches et partager mon incrédulité et mon émotion. Deux jours plus tard, on est dimanche. Demain c’est lundi et le travail reprend. Et l’après-13 Novembre commence. J’ai essayé de réfléchir à comment je voulais gérer l’après, qu’est ce qui était important pour moi et ce qui me faisait peur. J’ai dressé cette petite liste qui m’est propre, évidemment, loin de moi l’idée d’imposer ou de juger qui que ce soit. J’ai juste envie de partager, parce que depuis vendredi soir encore plus qu’avant, j’ai envie de partager, de discuter, d’écouter les humains qui m’entourent.

1. Partager

Du coup, naturellement, c’est mon premier point. Si au début j’ai eu du mal à décrocher des live et des réactions à chaud sur les réseaux, c’était par panique, incompréhension, émotion. Maintenant, j’ai envie de continuer à parler et à échanger sur ce qui est arrivé pour alimenter mes réflexions dessus et pour commencer à penser l’avenir. J’essaie de lire des articles de fond, les interviews d’experts du terrorisme ou les intellectuels qui ont réfléchi sur Daech, les Twittos qui ont des choses à dire sur le sujet. Je considère qu’il est important de comprendre comme Daech fonctionne, qui est l’Etat Islamique, comment il est organisé et comment il frappe. Je pense que ce n’est pas possible de se contenter de « Ce sont des psychopathes et des malades mentaux ». Car il est bien clair que Daech est organisé, méthodique, puissant. Le connaître, c’est le comprendre mieux, et c’est ensuite pouvoir peut-être lui opposer une réponse.

2. Arriver à avoir une réflexion claire et objective

Je suis assez surprise des réactions sur mes différents réseaux sociaux, où les gens que je suis ou avec qui je suis amie ont exprimé leur émotion et leur amour avec dignité et respect. Merci, merci. Ça fait du bien de lire ces messages de soutien, ces messages humains et solidaires. C’est ce dont on avait besoin, pendant, après. C’est ce dont on a encore besoin aujourd’hui. Et quand viendra le temps de réfléchir sur ce qui s’est passé, essayer de comprendre et essayer de penser la suite, il faudra arriver à ne pas céder à l’irrationnel, aux théories du complot, à la facilité qui consiste à accuser un groupe de personnes, une religion, un pays en généralisant. Ça serait tellement plus simple si c’était vraiment « les méchants contre les gentils », comme le disait le tweet de je-ne-sais-plus quel partisan des armes américain. Malheureusement, cette situation est tout sauf blanc et noir. Elle va requérir une analyse fine, de la nuance, de l’exactitude dans les termes et dans ce qu’on désigne, de l’objectivité et de l’humanité, pour obtenir une position et un discours clairs, solidaires et auxquels tous les Français et tous les gens qui s’opposent à Daech dans le monde peuvent se rattacher.

3. Rester unis et le devenir encore plus

Rester unis, en France, et à travers le monde. Rester solidaires, tous. Faire des ponts entre les gens, rappeler les valeurs communes, rappeler que tout le monde souffre du terrorisme. Je me sens Française aujourd’hui, comme avant le 13 Novembre, dans le sens où je me sens appartenir à une société civile qui refuse en bloc le terrorisme. Je me sens unie et proche de toutes les religions qui composent la France, de toutes les origines ethniques qui composent le peuple français. S’il faut parler et discuter de sujets qui pourraient aller à l’encontre de cette unité, faisons-le, pourquoi pas dans un débat national. Si les gens ont besoin de s’exprimer sur le chômage qui touche tout le monde, sur le racisme quotidien, sur le désintérêt, voire la méfiance pour le monde politique, sur des évènements historiques qui ont des résonances aujourd’hui, écoutons-les. L’idéal serait de dépasser ce qui nous déchire pour pouvoir nous rassembler autour de ce que nous avons en commun, de nos valeurs communes. Ce qui crée la rupture, ce qui nous divise ne va pas disparaître du jour au lendemain. Mais il faudrait en faire un facteur d’unité, dans le fait notamment de lutter contre, plutôt qu’un facteur de division. Et se sentir aussi concerné par tous les peuples, tous les pays touchés par le terrorisme de Daech, comprendre leur position et entendre ce qu’ils ont à dire, comment on peut les aider.

4. Contribuer à créer une société plus juste

J’ai lu un article de Slate intéressant ce matin – le voici :

http://m.slate.fr/story/109981/daech-vraie-nature

A un moment, il explique que la guerre contre le terrorisme ne se gagne pas dans une logique purement guerrière. On ne peut pas lutter seulement avec les armes et la sécurité renforcée contre des gens qui n’ont rien à perdre, même pas la vie, qui ont des moyens humains énormes, qui sont organisés et qui malheureusement savent ce qu’ils font. La guerre contre Daech et le terrorisme est d’abord idéologique. Pas religieuse, en tous cas je ne la conçois pas comme ça, dans le sens où il ne s’agit d’opposer une autre religion « meilleure » à l’Islam radical de Daech. Ce que je veux dire, c’est qu’il y a une opposition de valeurs de société, des différences fondamentales dans la manière d’envisager la justice, la condition humaine, la liberté. Comme tout radicalisme, Daech ne fait pas dans la nuance, la demi-mesure. C’est justement ce côté « gentils contre méchants » qui peut séduire certaines personnes qui rejoignent l’Etat Islamique de leur plein gré parce qu’ils leur donnent des repères et qu’elles n’en trouvent plus là où elles sont.

Il s’agit donc de récréer ces repères. D’affirmer et d’œuvrer au quotidien pour la société dans laquelle on veut vivre, que l’on veut voir apparaître. Ça n’a rien à voir avec la sémantique d’extrême-droite où les valeurs en question sont du genre travail, famille, patrie. Je parle de valeurs morales choisies par chacun, dans lesquelles nous croyons profondément. La solidarité avec ceux qui sont en détresse morale ou physique. Lutter contre l’isolement, physique ou émotionnel. Lutter contre toutes les inégalités, les discriminations : racisme, sexisme, transphobie, grossophobie, etc. Dire l’importance de la liberté, le bonheur qu’il y a à pouvoir choisir qui on est, à pouvoir devenir celui que l’on choisit. Alors bien sûr, ce n’est pas de l’angélisme, il y a de la violence, des contraintes économiques, des systèmes en place qu’on condamne. On vit dans une société problématique à plein de points de vue, dans un monde secoué par des évènements si atroces qu’ils nous dépassent.

Mais au cœur d’un système, d’une société, d’un pays et du monde, il y a une somme d’individus, il y a les hommes. Je me sens responsable, à mon échelle, du visage de la société, du monde dans lequel je vis. Par mes actions individuelles au quotidien et par mes engagements politiques ou collectifs, je peux contribuer à construire une façon de vivre et un système de valeurs qui sera assez fort, assez attractif et assez humain pour contrer celui que propose Daech. Et ça commence par moi, tous les jours. Par une réflexion autour des valeurs que je veux porter, et ensuite par l’action, pour les exprimer. Aider les gens, ce que je rencontre, ceux qui se font harceler dans les transports, ceux qui n’ont rien à manger ce soir, ceux qui ne vont pas bien au travail. Prendre position face à une remarque qui nous déplaît, le racisme ordinaire, la bonne blague sexiste. Ne pas céder à des comportements problématiques, être conscient de ses éventuels privilèges et lutter contre. J’écris ça de mon point de vue, femme cis hétéro blanche, donc forcément, c’est un point de vue de privilégiée, il faut donc aller lire ou écouter ailleurs la parole de ceux qui subissent les discriminations. S’engager auprès d’associations ou de mouvements politiques qui contribuent à créer une société plus solidaire. Donner à tout le monde le moyen d’être en bonne santé, libre, d’être lui-même, de se sentir soutenu et pas abandonné. Bref, donner de soi-même, se poser des questions, penser la société et lui donner forme. Le monde politique, l’économie, et bien d’autres acteurs ont évidemment un rôle majeur à jouer dans la constitution de ce monde meilleur en opposition à celui défendu par Daech. Mais nous aussi, à notre niveau individuel, nous pouvons agir. Et personnellement, je pense que j’en ai la responsabilité.

J'ai beaucoup parlé ici, c'est un peu le principe du blog, je parle sans être interrompue etc. Mais si vous en avez envie, que vous partagiez mon point de vue ou pas, n'hésitez pas à commenter ici ou sur Facebook. Comme je l'ai écrit au début, en ce moment, j'ai envie et besoin d'échanger avec les autres.

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 15:38

Ces derniers jours, différents évènements m’ont poussée à réfléchir à la place des hommes vis-à-vis du féminisme. J’entends souvent dire que les hommes aujourd’hui sont perdus, ils ne savent plus quelle place occuper dans la société. Ils tournent un peu en rond, cherchent comment se définir une identité, comment aider aussi. Ils arrivent à concevoir qu’il y a encore pas mal à faire en ce qui concerne l’égalité homme/femme. Alors ils veulent soutenir, ils veulent bien faire. Dans le meilleur des cas, parce qu’il y en a quand même un grand nombre qui s’en tapent. Bon, pour ceux qui veulent soutenir la cause féministe : comment faire ?

Récemment, le médecin Baptiste Beaulieu a publié sur son blog et sa page Facebook une tribune sur le sexisme qui a été grandement reprise et partagée par devers les réseaux sociaux. Moi-même, quand je l’ai vue apparaître dans mon fil Facebook, je me suis dit Bon, cet article n’apporte rien de neuf au débat, c’est une dénonciation du sexisme ordinaire tout ce qu’il y a de plus basique, sans aucune réflexion neuve ni aucune réflexion autour de solutions possibles. C’est juste un article qui explique pourquoi c’est difficile d’être une femme aujourd’hui. J’étais sincèrement touchée qu’autant de femmes partagent son texte (oui, parce que ce sont principalement des femmes qui se sont senties concernées et impliquées, alors même que son texte disait s’adresser aux hommes). Ça fait plaisir de savoir qu’on n’est pas seules à se poser des questions ou à se révolter. Benoîtement, j’ai donc voulu partager ce texte, en me disant C’est chouette, en plus il s’adresse aux hommes, et comme j’ai parmi mes amis FB plusieurs hommes qui ont envie de soutenir la cause féministe, ça va les intéresser. Et puis, au moment d’écrire le petit commentaire qui va bien pour partager le lien de l’article, cette phrase m’est venue : Le texte de Baptiste, à destination des hommes qui comprennent mieux le féminisme quand c’est un autre homme qui explique.

Et bien c’est exactement ça.

En soi, le texte de Baptiste n’apporte rien au féminisme : c’est du rabâché, il y a mille fois plus clair, didactique, pédagogique, documenté et mieux écrit ailleurs, écrit par des femmes. Pourtant, c’est ce texte qui est partagé, qui est mis en lumière, c’est Baptiste qu’on invite pour en parler à la télé. C’est un texte où tout du long, Baptiste nous redit qu’il ne peut pas savoir ce qu’une femme ressent quand elle est victime de sexisme sous toutes ses formes. Mais il fait un effort pour se mettre à sa place. Juste une idée, mais ça ne serait pas plus pertinent de donner la parole aux femmes qui, elles, savent ? C’est comme si un non-racisé écrivait un article pour expliquer qu’il ne peut pas savoir ce que ressentent les victimes de racisme, mais il va essayer. Pourquoi ne pas simplement les laisser s’exprimer?

Baptiste explique qu’il a écrit ce texte en toute bonne foi, pour profiter de sa notoriété pour faire réagir les gens et interpeller directement les hommes au sujet du sexisme. Parce qu’une femme, quand elle parle de sexisme pour le dénoncer, elle est mise dans la catégorie féministe et elle n’atteint jamais le mainstream. Sa parole est toujours entachée de cette faute originelle qui consiste à avoir un vagin et à vouloir dénoncer les inégalités. On va dire qu’elle est hystérique, chienne de garde/femen, agressive, qu’elle hait les hommes, qu’elle est too much. Alors qu’elle fait simplement part de revendications qui la touchent directement. Il faut que Baptiste prenne sa plume pour expliquer au nom des femmes qui ne lui ont rien demandé ce qu’elles subissent tous les jours. Il aurait pu interviewer des femmes, compiler des citations, mentionner les sources de ses lectures féministes qui l’ont aidé à prendre conscience de la situation. Il aurait pu mettre les femmes en exergue, se retirer un peu dans l’ombre et enfin les laisser parler sur ce sujet qui les concerne. Mais il a préféré s’accaparer leur parole et le pouvoir, en perpétuant ainsi la domination masculine qu’il prétend dénoncer.

Autre évènement, autre questionnement : la campagne contre le harcèlement de rue lancée contre le gouvernement. Problématique brûlante et douloureusement quotidienne s’il en est. La ligne de métro avec les insultes qui s’intensifient et le fait de dire stop à la fin, pourquoi pas. Le fait d’inciter les gens (surtout les hommes quand même, parce qu’ils sont plus costauds) à réagir et à ne pas rester de marbre, oui, évidemment que c’est toujours une bonne idée, voire une évidence. Inviter les femmes à signaler systématiquement leurs agresseurs : pourquoi pas, reste que matériellement c’est pas évident, beaucoup de contraintes et peu de résultats. Bon ben du coup on fait quoi ?

Une grosse donnée que cette campagne passe sous silence en ne le mentionnant pas vraiment explicitement, c’est que le harcèlement de rue est le fait des hommes. Les femmes ne harcèlent pas les autres dans la rue. Les hommes, oui, parce que l’espace public leur appartient. Le harcèlement de rue est l’une des manifestations les plus criantes de leur domination de la société. Pourquoi, comment leur vient-il même à l’idée de commenter sur le physique d’une inconnue qui passe, en bien ou en mal d’ailleurs ? Comment peuvent-ils même penser un seul instant que cette femme qui marche dans la rue, vaquant à ses affaires, a envie qu’on lui parle, qu’on l’aborde ? J’ai déjà eu une conversation avec un homme féministe qui fait partie de mes amis qui m’a dit : Mais à ce compte-là alors, on ne peut plus draguer et rencontrer des gens dans la rue ? Personne ne se parle, c’est déprimant, c’est la solitude et il n’y a plus de rapports humains ? Mais pas du tout. Si tu veux des rapports humains, pourquoi tu ne discutes pas avec ton commerçant ou avec ton voisin de bus mâle ? Et si tu veux draguer, personnellement je ne comprends pas trop comment les couloirs du métro bondés à 19h30 ou le parvis de la gare où la fille attend ses potes peuvent constituer des cadres appropriés à de la drague. Pour moi, même si tu penses que c’est la femme de ta vie, fous-lui la paix. Va draguer en boîte, dans un bar, dans un café à la limite, dans un cours de sport ou de langue ou dans un lieu fait pour l’interaction avec les autres. La fille aura toujours l’opportunité de dire qu’elle n’a pas envie de te parler là tout de suite maintenant, mais au moins elle sera dans un environnement qui est par défaut plus ouvert sur les autres. La fille, dans la rue, elle a juste envie de ne pas se faire emmerder.

Enfin, il y a toujours des cas particuliers etc. Je ne prétends pas détenir de vérité supérieure, je parle juste de mon expérience et de celle de femmes dans mon entourage. Je vous renvoie vers cette excellente BD qui en parle très bien :

http://www.insolente-veggie.com/harcelement-de-rue-moi-aussi/

Et si vraiment tu n’en peux plus et tu penses que si tu n’abordes pas cette fille qui marche devant toi, tu n’as plus qu’à embrasser le célibat à vie, et bien parle-lui normalement, en étant poli, et ne t’offusque pas si elle passe tout simplement son chemin ou ne souhaite pas engager la conversation. C’est son droit le plus élémentaire.

Autre évènement (oh la la il se passe trop de choses ! Not) : bientôt, je vais partager mon toit avec un individu homme cis blanc hétéro, autant dire la bête noire de bon nombre de féministes sur Internet tant il est souvent (mais pas tout le temps, attention, ne généralisons pas, not all men) générateur de réflexions compliquées à gérer. Nous n’avons que très vaguement abordé les considérations domestiques type gestion des courses alimentaires et préparation des repas. Mais j’ai senti une angoisse monter au fond de moi quand j’ai évalué comment nous fonctionnons à ce jour. Le reste de l’intendance ne pose pas vraiment de problème, par contre la bouffe (le cœur de la guerre), si. Nous faisons à peu près les courses ensemble, avec moi qui ait plus ou moins une liste en tête, lui qui porte le panier et qui traînaille dans les rayons. Arrivés à la maison, je range les courses et parfois il m’aide. Vers seize heures, au moment où je commence à me demander en quoi va consister mon dîner (oui, je suis une morfale), je suis toute seule à me poser la question. Lui s’en bat comme de son premier jeu de console (mauvais exemple car son premier jeu est son premier amour. Bref). Du coup, je finis par élaborer un dîner en vague concertation avec lui :

- T’as envie de quoi ce soir ?

- Je sais pas.

-OK… Ya les blancs de poulet, on peut les faire genre à la crème, avec du riz ? Ou alors avec les carottes, avant qu’elles ne pourrissent ?

-Super idée, ça a l’air bon !

- Mais du coup, je fais le riz ou les carottes ?

-Comme tu veux, moi tout me va. C’est toujours bon ce que tu fais.

Me voilà donc partie pour faire mes escalopes et mes carottes (ou mes pommes noisette surgelées, ça dépend). On mange. Il fait la vaisselle.

Notez quand même qu’il participe un petit peu à la vie domestique, ce n’est pas non plus une larve. Mais il n’a aucun réflexe de gestion, d’intendance, d’anticipation, et si je ne me mets pas à faire à manger à un moment, on ne mangera jamais. C’est sans doute lié à lui, sa personnalité et ses traits de caractère. C’est aussi lié à moi, qui à force de prendre les devants, de me poser des questions, de gérer et d’agir, ne l’oblige pas à se remettre en cause. J’ai donc eu une discussion avec lui où je lui ai expliqué que je n’avais pas envie d’assumer seule l’intendance domestique au moment de notre cohabitation. Ce n’est pas (spécialement) parce que c’est fatiguant, que je n’aime pas faire à manger ou que ça me saoule : c’est d’abord et surtout par principe. Pourquoi c’est moi qui doit m’encombrer l’esprit à élaborer la liste de courses de la semaine ? Pourquoi lui aussi ne peut pas se rappeler de l’existence du taboulé au fond du frigo à manger ce soir sans faute sinon il ne sera plus bon ? Pourquoi c’est moi qui dit « Dis donc, il nous faudrait deux oignons pour ce soir » et pourquoi c’est lui qui répond « Ok, je vais les chercher à l’épicerie d’en bas » et pas l’inverse ?

D’aucuns diront que je cherche la petite bête et que c’est déjà bien beau qu’il fasse quelque chose à la maison, qu’il est de bonne volonté etc. Ma mère, par exemple. Elle qui a assumé seule l’intendance et le fonctionnement du foyer et des enfants pendant trente ans, pendant que mon père travaillait et ne rentrait qu’à vingt heures, ne comprend pas vraiment ces questionnements. Pour elle, ça coule de source que toutes ces choses à faire vont me retomber dessus à moi. Je lui ai donc expliqué que contrairement à son expérience, je ne suis pas « femme au foyer », je travaille tout comme mon colocataire. Donc il faut tendre vers une répartition juste et égale des tâches. Non ? Oui mais non un peu, car comme dit ma mère, Toi tu fais la liste de courses et tu l’envoies faire. Tu ne peux pas lui demander de savoir quoi acheter par lui-même.

I beg to differ ! Et pourquoi pas ?

Bon, je continue à réfléchir sur le sujet. Heureusement ce jeune homme est coopératif, ouvert sur la question, j’ai donc bon espoir que nous arrivions à un équilibre. Mais ce n’est pas facile tous les jours de vivre une vie de couple hétéro sans trahir ses convictions fondamentales sur la place des femmes et le partage des tâches. Mais ce sont des questionnements nécessaires, et les hommes peuvent aider en réfléchissant aussi à leur manière de contribuer et à leur rôle dans le foyer.

Voilà pour ce post tout rempli à ras-bord de féminisme. Je m’en vais de ce pas glander sur mon canapé en regardant How to get away with murder, parce qu’après tout, c’est le 11 Novembre, alors j’ai que ça à faire.

De saines lectures pour vous les hommes (et pour les femmes aussi):

http://www.crepegeorgette.com/2014/07/23/hommes-feminisme/

http://www.crepegeorgette.com/2014/02/19/les-hommes-qui-voudraient-sinteresser-au-feminisme/

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